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 Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan

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MODO'LAET'S.GOϟ Qui a dit que les Serd' étaient sérieux ?
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● ARRIVÉE SUR LE FOW' : 24/07/2010
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MessageSujet: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Mer 2 Mar - 21:55

    Peut-être était-il idiot de croire à un changement...peut-être était-il idiot de croire que les doutes étaient partis et que la haine s’était dispersée comme si jamais elle n’avait existé. Oui, peut-être que c’était idiot. Ce n’était même pas qu’une simple probabilité. C’était idiot. Faire comme si elle n’avait jamais voulu faire de mal ! Faire comme si tout son monde pouvait se reconstruire – ou plutôt, se construire - ! Et tout ça, en une seule soirée ? Quelle folie. Ou quelle ignorance. Si Vanille avait cru que de telles changements auraient pu s’avérer possible, c’était à cause de ses retrouvailles avec sa mère, avec son ancienne vie. Les émotions avaient pris le dessus, voilà tout. Elle s’était laissée emportée, lamentablement, dans un flot d’amour…avec du recul, ça donnait envie de vomir…ça la rendait malade. Bien sur, mais bien sur qu’elle voulait s’en sortir ! Simplement…simplement, sa mère lui avait tout dit. Elle avait dit la vérité à sa fille, comment aurait-elle pu faire autrement, après tout ? Oui, elle avait enfin tout révélé, après des années de mensonge, d’illusions. Mais finalement, ça n’avait fait que réveiller sa haine. La jeune fille, la veille de ce jour, la veille de la discussion, avait décidé d’abandonner cette idée de vengeance…elle ne souhaitait pas faire souffrir sa mère, la torturer encore plus, et détruire encore quelqu’un. Elle avait pris cette décision mais…dès lors que sa chère mère avait prononcé les mots « assassinat » et « grand-père », sa profonde haine était remontée, et plus forte que jamais, plus destructrice. Elle avait pris le contrôle de son esprit. Plus de pitié, plus de sentiments, plus rien. Celui qui avait détruit sa famille n’était qu’un monstre, un monstre de la pire espèce. Le pire de tous. Lui, lui qui avait tué son grand père, celui qui avait fait de son père une ombre, celui qui avait réduit la vie de Vanille à néant, lui, le responsable de tout ces évènements, il devait payer.

    Vengeance. Ce mot, à partir de cet instant, n’avait cessé de raisonner dans sa tête, la rendant presque folle. Elle ne pouvait plus faire marche arrière. Ces années de mensonges pitoyables étaient finies, mais elle devait en finir vraiment. Une bonne fois pour toute. Elle devait détruire cet homme, cet animal, elle devait le pourrir pour enfin être libérée. Libérée…si on pouvait appeler ça de la liberté. Elle serait rongée, elle aurait une plus lourde charge sur la conscience, mais elle ne pouvait se contrôler. Elle ne pouvait se raisonner. La haine était trop forte.
    Maintenant qu’elle savait, elle ne pouvait pas rester sans rien faire, se construire une vie et se construire elle même lui était impossible avec la pensée constante qu’elle n’avait rien fait pour venger son père, son grand père…agir, elle devait agir. Même si c’était pour faire du mal.

    Quelques jours après que cette vérité ait éclaté, Vanille commença à chercher. Elle ne savait toujours rien sur cet inconnu, rien…mais elle savait quand le meurtre s’était déroulé. Elle avait erré des heures dans les rues de Londres, prétextant qu’elle voulait être seule. Ariana ne devait pas savoir, elle pensait que son amie ne voulait plus se venger. Alors, elle lui avait menti, une fois de plus. Et elle continuerait, c’en devenait presque une maladie, une drogue. Le mensonge avait été, jusque là, sa seule chance de survivre, sa seule lueur d’espoir. Un espoir presque malsain. Peut-être était-ce la dernière fois. Mais combien de chances pour que ce soit le cas ? On ne « guérit » pas des années entières de mensonges en claquant des doigts.

    La jeune serdaigle quittait donc sa maison chaque jour, dans le seul et unique but de trouver quelque chose, un signe, une piste…n’importe quoi, pourvu que ça la mène à cet animal. Son signe n’avait pas mis longtemps à se montrer. Keenan. Keenan Svensson, célèbre journaliste de la gazette. C’était lui, son espoir, sa chance. Du moins le croyait-elle…oui, elle croyait dur comme fer qu’il pourrait l’aider. Elle avait donc pris contact avec lui, pour…mener l’enquête. Et aujourd’hui, elle allait chez lui, pour prendre des nouvelles sur l’affaire. Elle n’avait pas peur. Pourquoi éprouverait-elle de la peur ? Elle était aveuglée. Complètement. Plus rien n’avait d’importance pour elle, à part sa vengeance. Elle ne se souciait que de ça. Toutes les nuits, elle pensait à ça, ça la hantait, la bousillait, mais elle s’en fichait. Elle s’en fichait…ou plutôt s’imposait-elle une barrière. Derrière cette barrière, tous ses sentiments affluaient, cherchaient à sortir, mais elle les en empêchait. Car si elle les laissait franchir cette barrière, elle baisserait les bras, elle abandonnerait une fois encore. Et elle ne voulait pas ça. Elle était allée bien trop loin pour tout laisser. Avancer. Elle devait avancer, maintenant, avancer dans le noir…

    Elle avait essayé. Elle avait essayé de trouver le chemin du bonheur, la bonne voie, la lumière...elle avait essayé de faire d'elle une bonne personne, mais le problème était là. Elle n'était pas et ne serait jamais quelqu'un de bien. Elle était incapable de sortir sa tête de l'eau, elle s'était noyée il y avait bien trop longtemps. C'était trop tard, elle avait laissé passé sa chance. Elle faisait souffrir tout son entourage, sans même le vouloir. Mais ce n'était pas toujours le cas. Elle avait fait souffrir tellement de personnes volontairement, elle avait souhaité les voir pleurer, voir leur visage décomposé par le dégout que leur insufflait Vanille. Elle se dégoutait. Mais tant pis. Elle avait fini de lutter pour son bonheur. Elle lutterait pour détruire encore une personne, voilà tout.

    C'était pitoyable, inhumain, et elle le savait. Mais peu lui importait. La rage la manipulait. Elle était en route. Keenan l'attendait. Elle marcha de longues minutes dans le froid, sans penser à rien, elle était comme une coquille vide. Elle arriva enfin. Le journaliste habitait un appartement dans le chic Chelsea de Londres. Charmant.

    Elle sonna.




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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Jeu 3 Mar - 0:46

    Aujourd’hui était un jour oublié. Ces derniers temps, Keenan n’était plus le même mais celui qu’il avait délaissé et abandonné. Les raisons de cette dangerosité soudaine ? Deux noms : un géniteur et une dénommée Vanille. Enfermé dans une pièce sombre et parfumée de ce parfum naturel masculin et lourd, le sorcier se laissait aller de longues minutes, le corps, excessivement viril, aux muscles finement dessinés, totalement nu sous une douche plus moderne et sombre. Ce fut la tête relevée face à un jet d’eau brulant qu’il attendait d’être calmé. Vanille n’allait pas tarder. Il se laissa tout de même bercer par le rythme régulier et sauvage de cette substance translucide qui frappait avec acharnement sa peau mâte et sombre. Il passa alors lentement une main sur sa nuque, jusqu’à sa chevelure sombre et mi-longue et prenant fin sur son visage, cachant un regard sombre et gris. Il se laissa alors emporter pas des souvenirs sauvages et anciens et une douleur acharnée et fragile broya son cœur.

    Son souffle se coupa lorsque l’image de sa sœur lui apparut violemment. Son corps nu face au sien, totalement dévouée à son frère, prête à subir sa violence et l’implorant d’imposer un inceste égoïste et irrémédiable. Keenan n’avait jamais voulu abuser d’elle. Il n’avait jamais voulu la violée. Il n’avais jamais voulu la tuer. Il n’avait rien voulu de tout ça. Elle l’avait provoqué, elle l’avait voulu, elle l’avait contraint. Elle avait tenté ce monstre qu’elle connaissait si bien. Elle le connaissait à l’image de son père. Un géniteur que les jumeaux n’avaient jamais connu mais dont la réputation arborait sans cesse les lèvres du personnel de cet orphelinat qui les avaient accueillis. Aujourd’hui il lui en voulait, in ne savait pas très exactement s’il regrettait la mort de sa sœur. Il regrettait surtout d’avoir cédé à la tentation qu’elle lui avait imposée. Car aujourd’hui, à cause de sa défunte sœur, il se devait de vivre sans relâche contre lui-même à protéger celle qu’il aimait. Elena Genesis. Le portrait intacte de sa sœur, la seule victime d’un viol qu’il lui fit subir quelques années plutôt.

    Aujourd’hui aurait du être une simple journée ordinaire, mais au lieu de cela, il se sentait plonger à nouveau dans ce quotidien atypique d’une lutte acharnée contre un soif bestiale. Lorsqu’il sortit de la sombre pièce, après de longues et interminables minutes, Keenan rejoignit l’immense salon d’un luxe aristocratique et rustique mêlé à un art moderne et profondément noir. Il ne portait rien si ce n’est une serviette de bain relativement épaisse et en parfaite harmonie avec l’ambiance actuelle des lieux. Il se saisit, à la hâte, de son téléphone et composa rapidement le numéro de sa sorcière qui ne tarda pas à répondre. Sa voix semblait apaisée et sereine :

    « - Elena, je ne pourrais pas te rejoindre, annonça-t-il d’une voix dure. J’ai quelques articles à terminer.
    - …
    - Prends soin de toi mon cœur. »

    Et il raccrocha face au silence de la sorcière. Il savait pertinemment qu’elle lui en voulait, d’une manière ou d’une autre, Elena avait le flair pour deviner lorsque le sorcier lui mentait. Elle était bien la seule. Keenan connaissait l’art e la manipulation depuis très jeune. C’était inné en lui, personne ne le lui avait inculqué. Il avait voulu s’excuser, lui dire la vérité. Mais lorsqu’elle semblait plus blessante, Keenan optait pour le mensonge dans le seul but de protéger ceux qu’il aimait. Et Dieu sait qu’ils étaient peu.

    Non en vérité aujourd’hui il ne voulait prendre aucun risque. Son humeur pouvait, à tout moment, le faire déraper. Ce monstre pouvait le surprendre, et Keenan se sentait faible. Il protégeait de la sorte celle qu’il aimait au risque de lui mentir, de la perdre, mais de la savoir en sécurité était sa seule priorité. Le silence d’Elena au téléphone le pesait. C’était comme si cette tension émanait d’elle jusqu’à envahir toute la pièce. Le sorcier resserra son étreinte sur l’appareil qui lui glissait presque entre ses doigts tandis qu’il resserrait sa mâchoire : preuve d’une colère bientôt pleine et incontrôlable. Tout ce qui s’était nouvellement immiscé dans sa vie lui semblait empli d’une confusion incontrôlable. Le sorcier était las, déçu et pris dans un tournant qu’il n’avait pas choisi. Il ne voulait pas être ce monstre, à l’image de son père et pourtant… Ce souvenir, cette pathologie, cet animal revenait toujours à la charge.

    Aujourd’hui il recevait celle qui avait involontairement ressassé ce qu’il était. Il n’avait jamais cherché à savoir ce que son père avait fait. Ce qu’il avait subi ou fait subir. Comment il avait gérer cette pathologie, ce problème, cette perversion.

    Aujourd’hui, il savait.
    C’était sa faute.
    Et l’un comme l’autre allait regretté leur rencontre.
    Keenan l’avait volontairement invité chez lui. Elle était la seule avec Elena. Les premières.

    Le sorcier semblait plus sûr que jamais, et lorsque Shade vint lui réclamer une caresse, il porta toute son attention sur sa chienne. La mi louve se détacha alors brusquement de lui, appréhendant l’arrivée d’une inconnue. On frappait à la porte. Le maître et l’animal rejoignit l’immense et sombre porte :

    « Vanille , dit-il froidement. Entre, ajouta-t-il sur ce ton démesurément arrogant et naturellement glacé[/color] »
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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Jeu 3 Mar - 1:40

    « Vanille. Entre. »

    Froid. Comme d'habitude. Il était froid, glacial. La jeune fille n'en fit rien, pourquoi s'en formaliser ? Elle se contenta de le saluer du regard et passa le seuil de la porte. Elle sentit un frisson la parcourir, était-ce parce qu'elle venait de pénétrer dans le " repère " - soit dit en passant, un repère très luxueux - d'un inconnu ? Ou bien un simple pressentiment...son intuition ne la trompait jamais. Il allait lui annoncer quelque chose de mauvais, elle le sentait...elle le sentait. Son cœur battait plus fort que jamais. Elle tenta de se calmer, elle ne devait pas se laisser submerger par une quelconque émotion, ou c'était la fin. Sa respiration se fit plus régulière. Au fond d'elle, elle espérait que le jeune homme ne lui apprendrait rien d'autre que ce qu'elle savait déjà...ce pressentiment qui l'oppressait de plus en plus n'était pas bon, pas bon du tout.
    Déterminée à en savoir plus quelques minutes auparavant, elle ne souhaitait plus qu'une chose : partir, partir loin d'ici. Retourner auprès de sa mère, et d'Ariana. Oppressant. C'était horriblement oppressant. L'appartement était spacieux mais il y régnait une ambiance presque lugubre...c'était sombre. Ce salon ressemblait à une des pièces de sa demeure...de la demeure de son enfance. Une pièce sombre, grande...dans cette pièce comme dans l'appartement de Keenan, on avait l'impression que les murs se refermaient sur eux, Vanille étouffait. De plus, et même si ce n'était qu'un détail, le fait que le jeune homme ne porte qu'une serviette sur lui la mettait mal à l'aise. Il aurait au moins pu s'habiller. Mais elle y fit à peine attention, elle porta son attention sur un autre " détail " oppressant.

    Le chien. Ou le loup...? Il ressemblait à un loup, oui. Elle le regarda un instant, ne pouvant détacher son regard de cette bête, fascinante et effrayante...ne pas se disperser. Elle devait se concentrer sur son unique but. Plus vite aurait-elle demandé des informations sur l'affaire, plus vite elle pourrait partir de ce lieu affreusement lugubre - pour elle, en tout cas. Mais elle n'osa pas parler. Depuis qu'elle était entrée, aucun son n'était sortie de sa gorge. Intimidée ? Non. Rongée par son pressentiment, elle ne pouvait demander...qu'allait-il lui dire ? Elle regarda le jeune homme...ses peurs se confirmèrent. C'était trop fort...elle en était persuadée, dans quelques instants, elle allait sombrer dans une profonde rage. Pourquoi ? Elle ne le savait pas, ne le soupçonnait pas, mais elle...

    Que faire ? Elle était confuse. Elle ne parvenait pas à se concentrer sur une seule pensée, elle divaguait. De lointains souvenirs rejoignirent son esprit, la brèche se fissura assez pour qu'ils puissent passer. Elle ne put rien faire pour les en empêcher. Toujours cette même image, ce même cri perçant...elle voyait son père, son père qui tombait, il tombait et rien ne pouvait arrêter sa chute, Vanille le regardait, elle ne criait pas, ne pleurait pas, elle le regardait telle une spectatrice, elle le voyait tomber, toujours plus vite, et puis ce ne fut plus qu'un point, un point noir, il était parti.Parti pour toujours. Il venait de s'effacer, l'éternité le retenait. Elle voyait sa mère quelques mètres plus loin, elle criait, elle criait à s'en déchirer les cordes vocales, elle pleurait, le désespoir la rongeait déjà. Et puis ce fut la fin, le trou noir. Son enfance, aspirée, et ce fut comme si elle n'avait pas vécu avant ses huit ans. Elle avait cru tout ce qu'on lui avait dit. Tout. Sans se poser de questions. Mensonges. Toujours et encore. Sa vie ne valait rien.

    La vérité avait éclaté. La vérité, celle qu'elle avait toujours voulu, elle avait enfin pu la toucher, mais en l'apprenant, elle n'avait pas ressenti qu'un poids s'effaçait en elle, non, cette vérité allait la mener à une vengeance. Vengeance qu'elle n'était certainement pas capable de commettre...détruire celui qui avait tué son grand père et détruit sa vie, mais comment pouvait-elle faire cela ?! C'était impensable, elle le savait, qu'elle n'en était pas capable. Mais sa haine lui disait tout le contraire. Une voix dans sa tête ne cessait de lui répéter qu'elle devait accomplir ce sombre dessein...à tout prix.

    « Bonjour Keenan. Du nouveau...? » dit-elle, sans s'en rendre vraiment compte.

    La partie était lancée.
    Vanille attendit, le souffle coupé. Sans aucunes pensées. Elle fixait malgré tout un point flou de la pièce, ne parvenant pas à regarder le jeune homme. C'était trop dur. Trop dur.
    Silence. Pourquoi ne répondait-il pas ? Le temps semblait s'être figé, tout dans cet endroit paraissait figé, plus rien ne bougeait, la tension était palpable. Si il ne répondait pas très vite, Vanille allait partir, trop faible pour supporter tout ça. Mais non, elle ne devait pas. Elle n'avait pas le droit. Elle se le défendait. Vengeance, vengeance, vengeance. A tout prix.





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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Jeu 3 Mar - 12:22

    Lorsque Vanille franchit le pas de la porte, le sorcier referma doucement l’immense antre en bois sombre laqué derrière eux. Il s’assura alors que la sorcière soit trop occupée à fixer sa louve pour tourner à double tour l’accès vers l’extérieur, enfermant ainsi les deux individus, et ce volontairement. Keenan savait parfaitement ce qu’il faisait. Les yeux grisâtres et perçant de Shade fixaient sa convive qui ne se doutait pas de ces quelques secondes d’absences qui n’était autre qu’une opportunité pour le sorcier pour murmurer des mots à peine perceptible accompagné de sa baguette. Il était désormais impossible pour eux de sortir, ni même de laisser qui que ce soit pénétrer ces lieux tant que Keenan ne l’aura décidé.

    « Bonjour Keenan. Du nouveau...?
    Assied-toi, je t’en prie, répondit-il dans une once de politesse. Je suis à toi dans quelques minutes, ajouta-t-il sans un regard pour elle. »

    Il retira ensuite sa serviette de bain sans aucune marque de pudeur apparente et se saisit alors des vêtements soigneusement posés sur un fauteuil à quelques mètres d’eux. Vanille sembla soudainement trop gênée, mais tentait sans relâche de le cacher au jeune homme en jetant un coup d’œil à l’ensemble de ce salon luxueux et sombre. Keenan esquissa alors un sourire en coin. Il n’était pas amusé, certes, mais il avait besoin de se détendre quelque peu. Lorsque le souvenir de son père, sur ces articles et ces photos qui avaient clos le dossier, ressurgit pour lui rappeler toute l’importance de la situation, plus aucune marque de plaisir et de sérénité n’émanait de lui.

    Lorsqu’il ajusta sa chemise impeccablement blanche sous un pantalon d’un noir parfait, Keenan rejoignit son bar, se servit un verre d’alcool qu’il mêla à un glaçon, et, d’un signe de politesse silencieux de la main, il proposa les même composants à sa convive sans se soucier de son jeune âge. Le sorcier ne se souciait jamais des autres. Pour lui, nous étions tous animés par une auto-détermination qui faisait de nous des Hommes libres de choisir. Les conséquences ne lui importait donc peu, dans la mesure où il n’était plus responsable de la motivation d’autrui. Il se savait ainsi égoïste et l’assumait parfaitement. Face au silence de Vanille, il prit place et l’invita à nouveau à le suivre, sans un mot pourtant elle s’exécuta : il la manipulait sans trop de mal, comme on pouvait manipuler qui que ce soit, en l’invitant au mimétisme inconscient.

    Son regard se durcit. Sa froideur naturelle envahissait la pièce. Shade le rejoignit, avide de caresse, tandis que de l’autre main il trempa ses lèvres dans ce liquide miel et brillant. Ses yeux gris se plantèrent dans ceux de sa partenaire. Il semblait sombre et menaçant. Il s’apprétait à aborder ce sujet qui pouvait aisément le faire succomber et le pousser à se soustraire à ce monstre impardonnable.

    « J’ai le nom de ton tueur, commença-t-il sans un regard pour elle, avant de croiser ses yeux brillants tant le désir de vengeance serait bientôt assouvie. Cet homme est présumé mort, poursuivit-il comme pour rompre cette faim insatiable sur ce visage juvénile et bien trop jeune à son goût. Mais je n’y crois pas une seule seconde, trancha-t-il enfin de cette venimeuse. Cet homme est à moi, commença-t-il à nouveau tandis qu’il se relevait pour la rejoindre lentement jusqu’à se pencher sur ce fauteuil qui supportait son petit corps. Il se pencha alors doucement et dangereusement : il m’a fait du tort à moi aussi, et je ne laisserais personne me retirer l’opportunité de lui arracher son cœur à la cuillère, articula-t-il lentement. »

    Puis il retourna s’assoir, percevant aisément l’agitation de la sorcière. Lorsqu’il gagnait sa place à nouveau, il reprit dans une froideur plus sauvage encore :

    « Oh, j’oubliais : il s’agit de Elias Svensson. »

    Un sourire empli d’une perversion absolue se dessinait alors sur ses lèvres, comme s’il venait de prendre au piège cette jeune sorcière. Comme si soudainement, elle avait à faire face à elle, à cet homme qui avait détruit toute sa vie.
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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Jeu 3 Mar - 13:54

    « Assied-toi, je t’en prie. Je suis à toi dans quelques minutes »

    Vanille s’exécuta. Un robot, elle était comme un robot que l’on contrôle. Chaque pas, chaque geste, elle n’était plus elle même, si elle l’avait déjà été un jour. Le sorcier retira sa serviette et attrapa ses vêtements. Il avait finalement décidé de s’habiller, mais…devant elle. La jeune fille continua d’observer la pièce en détails, évitant de regarder Keenan, horriblement gênée. Cette attente était insupportable, voire pire. Elle attendait encore une fois la vérité, et si une autre vérité l’avait déjà anéantie, fait sombrer, elle allait cette fois ci la rendre complètement folle. Hors de contrôle. Elle filait droit à sa perte. Mais elle ne savait pas ce qu’elle allait apprendre, et c’était tellement horrible. Elle savait qu’elle allait se noyer dans sa haine, se faire étranglée par elle, elle le savait pertinemment, elle n’en doutait plus une seule seconde. Mais ne pas savoir comment, continuer à attendre une mort certaine, une mort de ses derniers espoirs, c’était le pire. Le pire.

    Elle aurait pu partir – du moins le pensait-elle – depuis un moment, elle aurait pu quitter cet appartement, ne plus jamais revoir cet homme, oublier tout. Mais non. Toujours non. Vengeance. A cet instant précis, elle vivait uniquement pour se venger. Pour venger son pauvre père. Oui, et à cet instant, elle ne le haïssait plus. Depuis qu’elle avait appris, elle ne lui en voulait plus. Elle n’en avait même pas le droit. Il avait choisi de se renfermer, puis de libérer sa rage, contre ceux qu’il aimait, parce qu’il ne pouvait pas la libérer contre le vrai fautif, comment aurait-il pu ? Il était trop faible, ou trop aimant. Vanille était devenu pire que lui, pire que celui qu’elle avait hait plus que sa vie, elle lui avait voué une telle haine…maintenant, cette haine était pour le véritable monstre. Lui, elle avait le droit de le haïr. Elle s’en donnait le droit. Même si c’était horrible. Le mépris est sûrement la chose la plus horrible sur cette terre, le mépris mène à commettre des choses qu’on aurait jamais pu soupçonner de nous, le mépris rend aveugle, détruit, étouffe, manipule. Le mépris déforme un visage, fait disparaître la lueur dans le regard, nous fait devenir un fantôme, une ombre. Voilà ce qu’était devenue Vanille.

    Une ombre. Au soleil, elle apparaissait et était capable de penser, de vivre. Mais lorsque l’obscurité prenait place, elle n’existait plus. Et l’obscurité prenait de plus en plus de place. Bientôt, plus aucune lumière ne pourrait passer. C’était le début, le début de la fin.

    Keenan l’invita à prendre un verre. Elle ne bougea pas. Même manipulée, même anéantie, elle ne boirait pas. L’alcool était une drogue, une drogue dont elle voulait se débarrasser. Si elle avait tué un élève, c’était à cause de la boisson, ce liquide qui vous bousille, qui vous fait oublier qui vous êtes vraiment, qui vous rend complètement accro, et qui, au moment où vous vous y attendez le moins, vous prend à la gorge et vous emporte, il vous prend votre vie, et c’est fini. Les alcooliques arrêtent de boire lorsque la mort vient les chercher. L’alcool avait permis à Vanille d’oublier ses maux plus d’une fois, mais le meurtre de cet innocent, ce garçon qui avait sûrement des rêves plein la tête, une famille, des amis…la jeune fille n’avait pas pensé à tout ça. Elle avait pensé que tout le monde était comme elle, détruite.
    Mais il était malgré tout idiot de mettre la faute sur l’alcool. Si elle l’avait vraiment voulu, elle aurait tout fait pour le sauver, tout. Mais elle l’avait regardé partir, elle l’avait regardé se noyer dans son sang, elle avait fui, et jamais elle n’avait cherché à se racheter. Lorsqu’elle l’avait vu mourir, elle était redevenu sobre. La mort est comme une douche froide. Glaciale.

    Alors, elle ne bougea pas.

    « J’ai le nom de ton tueur. »

    Elle leva les yeux. Elle ne respirait plus. La peur s’emparait d’elle, lentement…mais son regard était dur. Qu’il continue…


    « Cet homme est présumé mort, mais je n’y crois pas une seule seconde »

    Il était en vie ? Il était encore sur cette terre ? La silhouette si floue et lointaine de cet homme, de ce tueur, de ce monstre, de cet animal commençait à se dessiner. Il avait un nom. Une vie. Il foulait le même sol qu’eux. Il voyait, il entendait.


    « Cet homme est à moi »

    A moi...à moi...à moi...
    Sa voix raisonnait dans son esprit. Ces paroles...que voulait-il dire ?
    Il s’avança doucement vers elle, et il se pencha. Vanille parvenait de plus en plus mal à soutenir ce regard. Ce regard qui voulait dire tant de choses, tant de choses horribles. Un regard dépourvu de tous sentiments, un regard empli de mépris. Une soif de vengeance. La jeune fille tenta de ne pas céder à la panique. Ce regard, elle le connaissait. Son père le lui avait offert tant de fois. Mais il était pire encore.


    « Il m’a fait du tort à moi aussi, et je ne laisserais personne me retirer l’opportunité de lui arracher son cœur à la cuillère. »


    Ces dernières paroles semblaient être celles qui allaient achever Vanille. Que voulait-il dire ? Evident…c’était évident. Ce regard de vengeance, ce regard d’une haine sans failles…elle était prise au piège. Mais ce n’était pas fini.

    « Oh, j’oubliais : il s’agit de Elias Svensson. »


    Le visage de Vanille pâlit, elle devint plus blanche encore qu'un cadavre. Son corps tout entier se mit à trembler, son être tout entier était secoué. Un froid glacial s'empara d'elle, ce froid qui enveloppe les morts. Mais les yeux de la jeune fille n'était pas fermés, non, ils étaient la seule preuve de son existence, la seule preuve de sa vie. Son regard était figé, figé dans une expression de terreur. Une terreur qui n'allait pas tarder à se transformer en haine. Elle serra les poings, à s'en faire saigner. Elle aurait voulu mourir, se tuer sur place, sans même oser comprendre ce que venait de prononcer cet homme. Non, elle ne voulait pas comprendre. Ces paroles n'avaient pas de sens, ces paroles n'existaient même pas, il ne les avaient pas prononcé !

    Elle n'était même pas là, dans cet appartement aussi luxueux que lugubre, aussi grand qu'oppressant, aussi aéré qu'étouffant. Elle n'était jamais venue, elle n'était jamais venue. Elle n'était plus rien. De la poussière. Du vent. Mais bien vite, la réalité la frappa violemment en plein visage. Les tremblements s'intensifièrent, elle perdait le contrôle. Elle ne détachait pas son regard presque inhumain du jeune homme. Elle ne voulait pas le croire. Elle se leva, usant de sa maigre force et se dirigea vers la porte. Partir. Elle devait partir, avant de comprendre ce qu’il venait de dire. Partir. Mais encore une fois, la réalité était trop forte. Keenan avait pris le soin de fermer cette porte, sa seule issue, son seul échappatoire. Elle était obligée de comprendre.

    Elle était face à la porte, tournant le dos à cet homme. Son regard changea. Toute humanité la quitta. Et la rage qui devait venir était au rendez-vous. Alors elle se tourna, lentement. Elias Svensson. Svensson. Elle fit alors de nouveau face au journaliste. Mais il avait une nouvelle identité pour elle, à présent. Il était le fils de ce monstre. Le même sang coulait dans ses veines, la même lueur de rage brillait dans ses yeux. Elle avait devant elle le fils de celui qui avait détruit son père, sa vie toute entière. Le même sang. Le même sang.


    « Ton père…ton père est celui qui a fait de moi une ombre, ton père est celui qui a détruit mon monde, ton père, ce monstre… commença-t-elle lentement, en s’avançant vers un danger, vers Keenan…ton père est en vie ? demanda-t-elle sans vouloir aucune réponse, ton père marche comme tout être humain ? Il voit, il entend, il parle ? Et est-ce qu’il pense ? Non, il n’a rien, pas même une âme ou une conscience…dit-elle terriblement froidement, s’avançant de plus en plus, il n’est rien d’autre qu’une ordure, et le même sang coule dans tes veines… »

    Elle s’arrêta. Il ne laisserait personne lui voler sa vengeance ? Elle non plus. Elle vivait pour cette unique chose. Elle le détruirait, quoi qu’il en coûte, elle le détruirait et le laisserait crever dans un coin, seul, vidé, fini.


    « Dis moi où il est. »





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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Jeu 3 Mar - 15:39

    Keenan n’avait pas cillé. Il resta assis, silencieux et presque trop calme. Une douce main plongea dans le pelage de la chienne tandis que l’autre, moins sereine, se resserra autour de son verre qu’il ramena à niveau de ses lèvres. Lorsqu’il but une gorgée, la sorcière avait déjà disparue. Il percevait sans trop de mal ce mélange de frayeur, de surprise et de colère qui animait la jeune fille mais il ne bougea pas. Il paraissait avoir excessivement confiance en ce qu’il faisait. Il paraissait tellement sûr de lui, tellement hautain que cela en devenait presque détestable. Le sorcier ferma alors les yeux, lentement, cachant égoïstement ces pupilles délectables, grises et translucides. Il se concentra sur la respiration de la jeune sorcière et s’en nourrissait. Il la devinait saccadée, et pour le moins régulière. Un sourire excessivement pervers se dessina alors sur le coin de ses lèvres. Lorsque la jeune femme lui fit face, Keenan la fixa à son tour, amusé et dangereusement calme.

    « Ton père…ton père est celui qui a fait de moi une ombre, ton père est celui qui a détruit mon monde, ton père, ce monstre… »

    Il n’avait pas détruit uniquement la vie de cette femme, ni même son père ou son grand-père. Non, pour Keenan, c’était tout autre chose. Son géniteur les avait condamné, Zéphia et lui. En les mettant au monde il provoquait ce qu’il était et ce qu’il avait fait subir à sa sœur. Keenan le haïssait. Il aurait aimé ne jamais voir le jour, ne jamais avoir exister. Préfériez vous vivre sans cesse dans une lutte acharnée et vaine contre vous-même ou ne jamais avoir exister pour ne jamais envier la vie de ces autres ignorants ?

    « …ton père est en vie ? »

    Le sorcier siffla. Non, il ne s’agissait pas de son père. Un géniteur, simplement. Un monstre qui avait égoïstement fait passer son plaisir avant sa responsabilité. Un homme qui n’avait jamais pris la peine de se battre contre ce qu’il était pour assurer la survie de femmes et d’hommes innocents. Keenan avait grandit dans le seul espoir de défendre ce monstre qui le poursuivait sans relâche, il pensait que d’autres avant lui s’était battu tout autant que lui, sa seule motivation avait été d’être à l’image de son géniteur. Toute cette croyance et cette attitude s’effondrait subitement et ce à cause de cette recherche et des souhaits de cette sorcière.

    « Ton père marche comme tout être humain ? Il voit, il entend, il parle ? Et est-ce qu’il pense ? Non, il n’a rien, pas même une âme ou une conscience… »

    Alors comme ça elle ne savait pas. Elle semblait persuadée que Keenan avait vécu aux côtés de ce monstre. A vrai dire, Zéphia et lui n’avaient jamais ne serait-ce croisé le regard de ce géniteur.

    « Il n’est rien d’autre qu’une ordure, et le même sang coule dans tes veines… Dis moi où il est.»
    Keenan resserra son emprise sur ce verre bientôt meurtri jusqu’à ce qu’il ne se brisa, face à une pression insupportable. Une substance rouge, semblable à du sang, accompagnait subitement cet alcool qui se répandit sur un carrelage brillant et noir. La louve quitta instinctivement la pièce : elle était la seule à comprendre à quel instant il fallait quitter les lieux lorsque le sorcier parvenait maladroitement à contrôler son excès de bestialité. Il se leva alors brusquement, les poings serrés, la mâchoire prête à exploser. Son crâne devenait incontrôlable, des pensées confuses provoquèrent sa subite irritabilité. Il vint se planter à quelques centimètres de la jeune femme. Elle se laissa subitement faire, plus effrayée encore. Le sorcier fixait, sans mauvaise intention, sa poitrine qui désormais effectuait des pulsions saccadées. Elle avait peur autant qu’elle le regardait avec dégoût. Leurs regards étaient proches, l’un menaçant, l’autre colérique, tandis que Keenan, sous un excès de faiblesse bestial et naturel, frappait sauvagement contre cette porte épaisse qui manquait de céder, oubliant presque sa main saignante et meurtrie. Vanille effectua un sursaut, malgré elle, et laissa échapper violemment un gémissement soudain. Il articula alors lentement et dangereusement pour que chacun de ses mots soient attentivement enregistrés par son interlocutrice :

    « Mon géniteur s’est laissé consumer par cet animal dépourvu de raison et de toute humanité. Je ne savais pas, avant de te rencontrer, qui il était. Je ne l’ai jamais connu. C’est à cause de lui que je suis comme… Que je me bats contre moi-même pour ne jamais succomber à ce monstre. Cela fait plus de trois décennies que je me bats pour ne pas être celui dont j’ai besoin d’être, je sais aujourd’hui que tous mes efforts n’auront servi à rien. C’est à cause de lui que je suis comme ça. Je ne te laisserai pas faire. J’ai besoin de l’achever à ma façon. Il marqua une pause, planta son regard sur son corps et ajouta : Je suis prêt à tout pour avoir cet homme pour moi seul et l’entendre me supplier de l’épargner et crier mon nom… Même à te tuer toi s’il le faut. »

    Keenan mentait. Il savait que s’il la tuait, plus jamais il ne pourrait combattre cette bestialité. Il savait que s’il la tuait, il se condamnerait. Il se devait de protéger Elena, se protéger lui et ne jamais détruire tout ce dont il avait bâtit jusque là. Lorsque quelques secondes de silence prirent place dans ce discours, le sorcier se concentra, tentant de mobiliser sa soif soudaine, perverse et malsaine, puis il poursuivit sa mise en scène, à la fois sérieux et joueur, dangereux et vicieux. Sa main ensanglantée se planta autour du cou de la sorcière, et Keenan n’hésita pas à resserra sa prise. Les petites mains de la jeune fille agrippèrent son avant bras et le sorcier, indifférent, s’approcha plus encore, ses lèvres effleurant sa chevelure et chuchota doucement :

    « Ne me compare plus jamais à cet homme. Ne prononce plus jamais cette qualification : il n’est qu’un géniteur. Je ne ressemble en rien à ce monstre… »

    Et pourtant…

    Keenan venait de prouver, à cet instant même, tout le contraire de ce qu’il revendiquait.
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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Jeu 3 Mar - 17:12

    Elle n'était pas la seule à perdre le contrôle. Seulement, elle ne le voyait pas. Elle sentait la rage qu'animait Keenan mais ne voyait rien. Elle ne pensait plus, ne ressentait plus, plus rien. Et si la douleur aiguë qui frappait son cœur aurait du lui être insurmontable, insupportable, elle l’ignorait. Elle était prisonnière, enfermée dans sa folie, et elle ne souhaitait pas en sortir, non, pour rien au monde elle n’aurait voulu se raisonner, tenter de rejoindre la lumière, sortir du tunnel. Si elle essayait de faire partir la voix qui lui criait de se venger, elle tomberait. Elle tomberait, laisserait s’échapper ses dernières forces. Ce qui lui permettait de tenir, dans cet appartement à l’ambiance presque morbide, en face du fils de l’être qu’elle haïssait le plus au monde, ce qui lui permettait de tenir, c’était cette soif de vengeance, cette soif de destruction, elle ne s’en laissait plus le choix. Et la peur ne devait pas remonter, la peur devait rester cachée au plus profond d’elle.

    Au moins une fois dans sa vie, elle voulait faire preuve de courage. Evidemment, appeler un acte pareil du courage dépasse la logique, ce n’est pas du courage. Mais Vanille voulait se convaincre que si, c’en était, de rester ici, ne pas fuir, faire face, tenir tête à un homme qui souhaitait, tout comme elle, détruire le monstre. Au prix même de sa vie. Elle voulait se dire que même si elle mourrait avant d’avoir pu se tenir debout, et regarder dans les yeux ce déchet, elle aurait fait tout ce qu’elle pouvait pour défendre l’honneur de son père, tout comme celui de son grand père. Défendre l’honneur de sa vie, de son existence qui ne valait pourtant rien du tout.
    Lâche, durant toutes ces années, elle s’était montrée comme quelqu’un d’horriblement lâche, fuyant les problèmes lorsqu’elle ne savait pas encore que sa mémoire avait été éradiquée, fuyant le malheur qu’elle pensait inexistant, luttant contre ce sentiment de culpabilité qui ne la lâchait pas, la hantait jour et nuit, sans savoir pourquoi ; et lorsqu’elle avait retrouvé sa mémoire, elle avait également fui.

    Sa fugue était un acte lâche. Mais si elle avait quitté le château, si elle avait quitté ce pour quoi elle s’était battue sans relâche, ses amis, sa magie, son bonheur nouveau, si elle avait tout quitté, c’était pour les protéger, tous. Ne plus avoir à leur faire de mal, ne plus avoir à plonger son regard dans le leur en se disant qu’elle pouvait à tout moment les faire souffrir, parce qu’elle était incapable de faire autrement. Alors oui, c’était lâche, mais c’était la preuve qu’en elle, il restait un peu d’humanité. Malheureusement, ce n’était pas la seule raison. Si ça avait été la seule…
    Non, bien sur. Se venger, voilà la raison la plus forte. Elle avait tenté de balayer cette envie, ce besoin, mais il était revenu, et il était en train de la vaincre, de l’achever.

    Stop. Arrêter de penser. Elle se perdait. La rage qui montait dans son regard s’était éteinte l’espace de quelques secondes. Il avait été vide, complètement vide, rien que quelques petites secondes. Elle releva les yeux, cherchant délibérément à retrouver cette rage. Elle sortit alors de sa transe et regarda de nouveau le jeune homme. Mais tout recommença lorsqu’elle vit le sang qui se répandait au sol, elle fixa le verre brisé, le liquide rougeâtre et l’autre qui brillait presque. Encore une fois, l’élève lui apparut, flottant au milieu de son propre sang, le cerveau déchiqueté par une bouteille d’alcool vide. Stop, non, stop. Il fallait que ça s’arrête. Elle ferma les yeux et dégagea cette foutue pensée le plus loin possible, n’importe où, mais ailleurs qu’ici.

    Le sorcier s’approcha. Elle ne s’en rendit qu’à peine compte, au départ. Lorsqu’elle le vit enfin, à quelques centimètres d’elle, elle sentit l’effroi s’emparer d’elle, c’était trop fort, trop incontrôlable. Mais malgré cette peur palpable, qui répandait son souffle dans toute l’atmosphère, elle soutint le regard du sorcier. Ne pas ciller. Ne plus ciller. Il cogna contre la porte violemment, Vanille sursauta. Son cœur se mit à battre de plus en plus fort, ne supportant pas cette soudaine agitation. Tenir, elle devait tenir, car c’était loin d’être terminé. Courage…courage. Mais son corps n’était pas en harmonie avec son esprit. Ils étaient trop loin l’un de l’autre. Elle laissa s’échapper un gémissement. Tenir. Il se mit alors à parler lentement, articulant chaque mot pour qu’elle puisse bien les enregistrer.


    « Mon géniteur s’est laissé consumer par cet animal dépourvu de raison et de toute humanité. Je ne savais pas, avant de te rencontrer, qui il était. Je ne l’ai jamais connu. C’est à cause de lui que je suis comme… Que je me bats contre moi-même pour ne jamais succomber à ce monstre. Cela fait plus de trois décennies que je me bats pour ne pas être celui dont j’ai besoin d’être, je sais aujourd’hui que tous mes efforts n’auront servi à rien. C’est à cause de lui que je suis comme ça. Je ne te laisserai pas faire. J’ai besoin de l’achever à ma façon. Je suis prêt à tout pour avoir cet homme pour moi seul et l’entendre me supplier de l’épargner et crier mon nom… Même à te tuer toi s’il le faut. »

    Je ne savais pas, avant de te rencontrer, qui il était. Je ne l’ai jamais connu. Je ne te laisserai pas faire. Je suis prêt à tout pour avoir cet homme pour moi seul et l’entendre me supplier de l’épargner et crier mon nom…

    Même à te tuer toi s’il le faut.

    Le temps devait s’arrêter, il devait se stopper complètement, qu’il file lentement ne lui suffisait plus. C’était trop rapide. Elle ne pouvait pas accuser les coups que lui infligeaient ces paroles si le temps filait aussi vite. Qu’il s’arrête. Elle ne pouvait plus réfléchir. Un orchestre avait pris place dans son crâne, un orchestre avec des instruments affreux. Ce n’était que crissements, sifflements, grincements, il n’y avait aucune musicalité. Que des coups.

    Il ne savait pas ? Peut-être qu’il ne savait pas, mais ça ne changeait rien. Le même sang coulait dans ses veines, et ça, Vanille ne pouvait le supporter. Peut-être s’était-il battu, peut-être éprouvait-il contre lui une haine profonde, mais peu importe. Elle voulait se venger. Elle, et elle seule. Elle était affreusement égoïste, et l’avait toujours été. Mais elle voulait se venger seule. Elle le voulait, bordel ! C’était plus qu’un devoir, c’était une obligation, une obsession. Tant qu’elle n’avait pas accompli cela, jamais elle ne pourrait vivre, ou mourir tranquillement.
    Alors, il était prêt à la tuer pour ça ? Lui qui disait qu’il s’était battu contre lui même ? Il voulait la tuer, réduire à néant tout ces efforts presque surhumains ? Vanille sourit, un sourire mauvais. Elle n’était plus elle même, et c’était comme si elle regardait la scène du dehors, en dehors de son propre corps. Elle voyait une jeune fille de quinze ans qui s’apprêtait à se bousiller complètement pour une vengeance. Elle voyait une jeune fille folle, haineuse et mauvaise.

    Personne n’est tout blanc, ni tout noir. Mais Vanille était en train de faire fi de tous ses bons côtés, elle les détruisait un à un, elle se brûlait à petit feu. Avant de détruire une personne, elle se détruisait elle même, toute seule.

    Soudain, elle sentit une pression froide et sanguinolente sur son cou. Par instinct, elle plaça ses mains sur son avant bras, arrivant à peine à le serrer, elle ne pouvait rien faire. Elle ferma les yeux de nouveau, et tenta de retrouver son souffle. Elle étouffait. Son corps et son esprit étouffaient, ensemble. Sa haine l’étouffait, Keenan l’étouffait. Une prise, il lui fallait une prise, n’importe laquelle. Une prise, vite. Vite.
    Sa mère lui apparut. Son visage si doux…son regard si compatissant, attendrissant…sa voix si agréable, mélodieuse…non, non, pas maintenant, pas là. La haine, elle devait s’accrocher à sa haine envers le père du sorcier, vite, vite.
    Les paroles de ce dernier lui permirent alors de se concentrer de nouveau sur son but.

    « Ne me compare plus jamais à cet homme. Ne prononce plus jamais cette qualification : il n’est qu’un géniteur. Je ne ressemble en rien à ce monstre… »

    Il ne lui ressemblait pas, vraiment… ? Pourtant, elle en était sure, son regard était le même que celui de son père, de son…géniteur. Pourtant…pourtant. Il se trompait. Il était comparable à ce monstre.
    La jeune fille sentit les mains qui la retenaient se desserrer. Elle en profita pour respirer et prononcer des paroles qui n’étaient pas les siennes…


    « Tu t’es battu pour quoi, au juste ? Regarde un peu où tu es, et ce que tu serais prêt à faire pour te venger. Tu as raison sur un point, tes efforts ont été vains, inutiles. Tu lui ressembles, tu lui ressembles. Répétait-elle en laissant la rage, toujours plus forte, monter, le sang de ce monstre coule en toi, tu ne peux rien y faire. Toi, tu veux te venger. Moi, je veux venger mon grand père, et mon père, je veux lui faire subir ce qu’il leur a fait subir, ce qu’il m’a fait subir ! S’il n’est pas ton père, s’il est juste ton géniteur, oublie. Laisse le moi. Je veux le détruire, je veux l’entendre crier qu’il est désolé, je veux voir son regard apeuré, je veux qu’il se mette à la place de celui qu’il a tué, mais je ne veux pas le tuer. Je veux le regarder mourir. »

    La même haine animait les deux jeunes gens, ils voulaient accomplir la même chose, mais l'entraide était impensable. Ils voulaient leur vengeance, leur propre vengeance. Et aucun d'eux n'était près à la laisser filer.



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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Jeu 3 Mar - 22:10

    « Tu t’es battu pour quoi, au juste ? Regarde un peu où tu es, et ce que tu serais prêt à faire pour te venger. Tu as raison sur un point, tes efforts ont été vains, inutiles. Tu lui ressembles, tu lui ressembles. »

    Faites la taire. Qu’elle se taise. Keenan était prêt à l’étouffer, à cet instant même, pour ne pas subir de nouveau ces quelques mots. Le sorcier se retint pourtant, desserrant considérablement cette sauvage étreinte emplie de dégoût et d’une rancœur injuste. Il venait d’être frappé, poignardé. Non, on venait de le tuer. C’était comme si Vanille venait de faire subir ce qu’elle prévoyait au géniteur. Pour la première fois de sa vie, le sorcier se sentie blessé. Ses mots lui étaient insupportables. Elle poursuivit pourtant :

    « … le sang de ce monstre coule en toi, tu ne peux rien y faire. Toi, tu veux te venger. Moi, je veux venger mon grand père, et mon père, je veux lui faire subir ce qu’il leur a fait subir, ce qu’il m’a fait subir ! S’il n’est pas ton père, s’il est juste ton géniteur, oublie. Laisse le moi. Je veux le détruire, je veux l’entendre crier qu’il est désolé, je veux voir son regard apeuré, je veux qu’il se mette à la place de celui qu’il a tué, mais je ne veux pas le tuer. Je veux le regarder mourir. »

    Keenan la relâcha brusquement. Il se détacha alors d’elle, lui laissant une totale échappatoire. Il ne trichait pas cette fois. Il ne jouait plus. Il abandonnait. Elle avait su viser fort sur sa seule faiblesse. Rien, absolument rien, ne pouvait attendre le sorcier si ce n’est le jugement impardonnable de sa pathologie, cette névrose qu’il n’acceptait pas et que cette sorcière lui rappelait avec acharnement. Au temps où tout allait mieux, qu’il se retrouvait détaché de tout le monde. Au temps où il n’y avait pas Elena, sa peur de la perdre, son soucis de préserver sa sécurité, son innocence, l’éloigner de cette bête déchainée qu’il pouvait être. Au temps où Crys ne le consolait pas bestialement. Ce temps où il était seul, respectez de tous, jouant ce rôle du jeune homme atypique, froid et distant sans que personne ne savait ce qu’il avait fait, sans que qui que ce soit ne perce son secret.

    Keenan soupira longuement. Il était fatigué. Dépité. Blessé et définitivement détruit. Toute colère était désormais effacée, plus rien ne comptait. Il était vide. Il ne réfléchissait plus. Son dos retomba violemment, dans un bruit sourd et non sans douleur, aux côtés de la sorcière sur l’épaisse porte désormais meurtrie. Shade réapparue sans grande surprise. Elle savait humer lorsque la tension se faisait moins palpable. Sa venue marquait le drapeau blanc. Et lorsque le sorcier se laissa tomber le long de la porte, la louve le rejoignit, fidèlement. Il resta silencieux, ne savait plus quoi penser, quoi dire. Il ne voulait plus se battre et se fichait de ce que la sorcière pouvait penser. Lorsque Keenan se releva, son visage ne cilla pas. Il resta dur, même si blessé. Son allure restait froide et hautaine : fidèle à lui-même. D’une main décisive, le sorcier murmura quelque mot avant de tirer sur une poignet lourde et argentée :

    « 252 High Holborn est son adresse. »


    Keenan ne s’attarda pas su la jeune fille. Le regard dure et brillant, il lui tournait déjà le dos, se dirigeant vers ce bar que son psyché avait finit par associer avec tout affect susceptibles de lui faire perdre pied –notez l’ironie. Lorsqu’il vidait d’une traite un fond de verre, il se surprit à savoir la sorcière encore présente. Avait-elle compris ce qui venait d’affecter le sorcier ?

    Il espérait tout le contraire. Il l’espérait pour elle. Keenan se savait vulnérable.
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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Jeu 3 Mar - 23:59

    Il la relâcha. Vanille ne cacha pas sa surprise. C’était…déroutant. Il se laissa tomber contre la porte, dans un bruit sourd. Il s’était laissé tomber contre la porte…mais, pourquoi ? Pourquoi…la jeune fille était déboussolée, sans réellement savoir pourquoi, elle était dans un état de confusion extrême. Et pourquoi se troublait-elle ainsi ? Le jeune homme venait de déclarer forfait, il venait d’abandonner, il…était-il blessé ? Avait-elle touché son point faible, sa plus grande faiblesse, sa plus profonde blessure ? Venait-elle de la refaire saigner ? Le chien à l’allure fière et fidèle revint dans la pièce. Et si la jeune fille ne l’avait pas vu sortir quelques minutes plus tôt, elle venait de s’en rendre compte. Qu’est-ce que cela signifiait ?

    « 252 High Holborn est son adresse. »

    Que…non. C’était impossible. Il ne venait pas de lui donner l’adresse du tueur de son grand père, du monstre qui l’avait rendu ainsi, il ne venait pas de faire une chose pareille. Elle regarda le journaliste se détourner d’elle et se diriger vers son bar, où il vida un verre d’alcool d’une traite. Non. Ce n’était pas logique, ce n’était pas comme ça que ça aurait du se passer ! Il aurait du se battre plus ! Se battre pour gagner sa vengeance…pourquoi ? Mais pourquoi avoir baissé les bras, comme ça ? Elle ne comprenait pas. Elle regarda tout autour d’elle, comme si elle venait d’arriver, comme si elle venait de s’éveiller, tout parut soudainement différent. Ce n’était pas le même appartement…l’ambiance avait changé, ce n’était plus étouffant, c’était…différent.
    Vanille voyait. Elle venait d’ouvrir les yeux, sa rage était partie, elle avait quitté ce corps et ne la contrôlait plus. Peu à peu, elle se rendait compte. De tout. Elle se rendait compte à quel point elle avait été horrible, inhumaine. Elle se rendait compte de sa bêtise. Cet homme, elle l’avait senti presque dangereux, au plus profond d’elle, lorsqu’elle l’avait regardé dans les yeux, qu’elle avait vu cette lueur, ce feu dans son regard…mais il venait d’abandonner ? A cause de ce qu’elle avait dit. A cause des horreurs qu’elle avait débité sans aucune honte, sans aucuns remords. Il avait menacé de la tuer pour obtenir sa revanche ! Et maintenant, il lui tournait le dos, et son regard avait changé, il était toujours dur, toujours froid, mais une tristesse l’habitait, ce regard.


    « Alors…alors c’est tout ? Tu ne vas plus te battre ? Tu abandonnes ? Tu…non, ce n’est pas possible, ce n’est pas comme ça que ça aurait du se passer ! Pourquoi laisses-tu tomber ?! Tu sais aussi bien que moi que jamais, jamais je n’aurais été capable de te voler cette vengeance ! cria-t-elle, en proie à une colère violente, contre une seule et même personne : elle, Détruire un homme, hein ? Mais comment, comment aurais-pu faire une chose pareille. »

    La situation se retournait, elle reprenait ses esprits. Elle l’avait blessé, elle avait touché sa blessure, elle avait appuyé dessus jusqu’à la faire saigner et elle avait laissé ce sang se répandre, le regardant avec un regard presque animal. Elle se révoltait contre elle, non, contre cette personne affreuse, dépourvu de toute humanité, prête à tout pour accomplir une vengeance qui dépassait l’entendement. Elle se révoltait contre la haine qui était née en elle le jour même où elle avait vu ce regard rageur, monstrueux, et en même temps vide, vidé, le jour où elle avait du croiser ce regard, le regard de son père, de son père. Elle la détestait, cette haine, c’était ce sentiment qui avait gâché sa vie. Et rien d’autre.

    L’homme avait tué son grand père, et c’était la seule chose – bien qu’horrible – qu’il avait commise, et pour quelle raison ? Parce qu’il avait été manipulé, tout comme son père, tout comme elle, tout comme Keenan, il avait été manipulé comme un pantin par la haine. Lorsqu’elle prenait place, il était inutile d’essayer de lutter, elle revenait toujours. Et si à cet instant, Vanille retrouvait son humanité, elle pouvait à tout moment être de nouveau secoué par cette…chose. C’était trop tard. Trop tard pour la faire partir. Mais elle pouvait encore faire marche arrière face à cette vengeance. Elle pouvait, elle aussi, laisser tomber. Ce n’était pas de la faiblesse, oh non. C’était du courage, cette fois, oui. Elle ne pourrait jamais rien effacer, mais elle pouvait encore laisser une partie du tableau…noir. Elle pouvait au moins…non. Mais non !

    Pourquoi…non, elle n’était pas venue ici pour en fait repartir sans rien avoir accompli. Elle n’avait pas risquer sa vie pour abandonner sa seule raison de vivre. Elle ne pouvait plus faire marche arrière, c’est bien ce qu’elle se répétait sans cesse depuis des semaines…des années ? Ce qui est derrière reste derrière. Elle ne pouvait plus rien y faire. Elle s’était battu corps et âme pour retrouver la trace de la silhouette si flou, si sombre qu’elle avait aperçu dans le miroir quelques semaines plus tôt, cette silhouette qu’elle avait frappé de toutes ses forces, elle avait fait couler son sang pour obtenir sa vengeance. Elle avait tout abandonné pour ça…tout…elle n’avait plus aucun objectifs à présent, plus aucun rêves, plus aucun espoir…elle avait juste un devoir à accomplir, pour son père…

    Que devait-elle faire ? La barrière venait d’éclater. Et toutes les pensées affluaient, tournaient, se cognaient. La haine étaient au beau milieu de cette rivière de pensées, elle coulait et remontait à la surface, sans prévenir, elle cherchait à contrôler de nouveau Vanille. Mais Vanille ne pouvait plus. Elle ne pouvait plus lutter, elle était trop fatiguée. Elle ne pouvait plus s’agripper à la haine, elle ne le voulait pas, elle ne le voulait plus…n’est-ce pas ? Alors elle pouvait tomber. Elle n’avait plus d’appui, ses forces la quittaient, son masque disparaissait.
    Les tremblements reprirent, mais ce n’était pas de la colère, c’était de l’épuisement. De la peur…elle avait peur de sa propre personne. C’était comme si elle était possédée, comme si à tout moment, son âme pouvait se brouiller et alors, à ce moment, elle n’était qu’un pantin, on la contrôlait et la forçait à agir et à parler comme si rien en elle n’était humain.

    Elle se dégoûtait, elle se dégoûtait, et si il y avait une personne contre laquelle elle aurait voulu libérer toute sa colère, c’était bien elle. Elle avait déjà essayé…essayé de s’en prendre à elle, elle avait voulu en finir. C’était le jour où sa mémoire était revenue, aussi violente qu’imprévue. Ce jour là, il faisait beau, les gens semblaient rires plus que d’habitude, mais cette joie avait horrifié Vanille, ces rires sonnaient faux, ces sourires paraissaient hypocrites, elle n’avait pas supporté ces mensonges, elle n’avait pas supporté de se voir, de se voir elle même tuer son père, elle n’avait pas supporté de voir toute sa vie détruite, parce que fondée sur un mensonge, elle n’avait pas supporté…alors, contrôlée par une pulsion morbide, elle avait regardé dans l’eau, dans l’eau limpide…elle s’était penchée, dans cette eau, elle avait alors vu son reflet, son tain aussi limpide que cette eau, elle avait vu quelqu’un qui ne méritait plus de vivre, mais elle était encore là.

    Ce jour là, une multitude de gens s’étaient arrêtés pour voir ça…et il y avait des enfants, des enfants, des regards innocents qui n’avaient pas le droit de voir une chose pareille, il méritait leur insouciance…et personne ne devrait avoir à la leur enlever. Ils avaient le droit de vivre sans être hantés par des choses qu’ils n’auraient jamais du voir, ils avaient le droit de vivre sans penser constamment à la mort. Vanille n’avait pas le droit de leur enlever tout ça. Elle n’en avait pas le droit…elle s’était tournée, et lorsqu’elle avait croisé ces regards, elle avait pleuré, et elle s’était éloignée du bord, rapidement, comme si elle n’avait jamais voulu se trouver là.

    Alors, au lieu d’infliger ces atroces images à des gens qui souhaitaient simplement vivre, elle avait choisi de se détruire, par tous les moyens. Se consumer. S’écraser. Se déchirer. Elle se faisait subir ce qu’elle voulait faire subir à Elias. Mais faire ça, c’était encore pire que de marquer les gens avec des images ineffaçables. Oui, car en faisant ça, elle blessait les autres encore plus profond, elle s’immisçait en eux, cherchait le point où ça faisait le plus mal et le déchirait à coup de couteaux. Elle voulait que tout ceux qui étaient autour d’elle puissent comprendre sa souffrance, la vivre avec elle.

    Ou plutôt, la vivre à cause d’elle.

    « Qu’ais-je dis…chuchota-t-elle en se laissant tomber à son tour contre la porte, Keenan…qu’ais-je dis ? Demanda-t-elle en cédant presque à la panique, j’ai…je n’ai pas voulu…ce n’était pas moi…rajouta-t-elle, le souffle court et la vue trouble. Elle finit par demander, dans un dernier élan de lucidité, de quel monstre parles-tu ? »

    Pourquoi avoir posé une telle question ? Voulait-elle vraiment s’enfoncer encore plus ? Mais c’était plus fort qu’elle. Dans les paroles qu’avaient prononcé le sorcier, c’était elles qui étaient restées ancrées.










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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Ven 4 Mar - 23:59

    Vanille avait visé juste. Sans même l’avoir fréquenté plus de deux fois à peine, elle avait comprit qui il était, certes sans en connaître les moindre détails, mais quand même, elle devinait que Keenan avait été façonné à l’image de ce géniteur impropre. Le sorcier n’avait jamais rencontré ses géniteurs. Il n’en avait jamais ressenti le besoin. Zéphia et lui se suffisaient à eux même. Leur complicité défiait toute fraternité aussi forte soit-elle. Il avait su protéger sa sœur, il l’avait aimé. Puis il l’avait violé et tué. Jamais Keenan n’avait su en parler. Jamais il n’avait su pardonner ni à lui, ni à elle. Et aujourd’hui ce souvenir le rattrapait. Aujourd’hui, il était fatigué. Il ne tenait plus. Il avait besoin de plus de simplicité mais il n’avait pas le droit de se laisser porter par cette nécessité au risque de déraper. Il avait besoin de douceur, d’une mère, d’une femme et lorsqu’il s’était laissé porté par le souvenir d’Elena, son corps, ses gémissements et cet amour, le souvenir d’un viol, le portrait de sa sœur et ce qu’il était les liaient tous deux. Il avait besoin de respirer normalement, de vivre normalement e tde penser normalement. Mais rien de tout cela n’arrivera un jour, il le savait. Ses géniteurs les avaient condamnés égoïstement, sans se soucier de la responsabilité qu’ils avaient mis en place en acceptant leur venu. Keenan aurait aimé mourir à la place de Zéphia cette nuit là. Il ne supportait plus cette pression. Quiconque rencontrait le sorcier semblait impressionné par autant de prestance, d’arrogance, de génie et de fierté. Il l’était et eux, pouvaient l’être : leur fascination nourrissait son pouvoir de persuasion, ce qu’il était à moitié et qu’il voulait plein et total. Vanille était la première à le voir dans cet état partagé, vrai et épuisé. C’était comme si une partie du masque s’effondrait sans pudeur. Comme s’il choisissait volontairement de confier, sans un mot, toute la peine et la douleur qu’elle lui avait infligé et qui n’était en fait que trop présent en lui. Aussi fort soit-il, le sorcier n’était pas à la hauteur de ce poids insurmontable. Il savait également que cela reprendrait, qu’une fois qu’elle s’éclipserait, le jeu reprendrait.

    « Alors…alors c’est tout ? Tu ne vas plus te battre ? Tu abandonnes ? Tu…non, ce n’est pas possible, ce n’est pas comme ça que ça aurait du se passer ! Pourquoi laisses-tu tomber ?! Tu sais aussi bien que moi que jamais, jamais je n’aurais été capable de te voler cette vengeance ! »

    Keenan resta silencieux. Vanille criait. Lui n’avait plus la force de répliquer ou même lui faire payer ce qu’elle lui avait presque vociféré quelques minutes plutôt. A vrai dire, il ne s’agissait plus de son géniteur. Le désir de torture et de meurtre perdurait pourtant mais à cet instant même il ne voulait pas défier cette femme sur l’auteur du meurtre de cet homme.

    « Détruire un homme, hein ? Mais comment, comment aurais-pu faire une chose pareille. »

    Le sorcier se laissa bercer par les mots innocents de sa convive. Bien sûr, elle n’avait jamais tué. Keenan lui, ne demandait qu’à arracher le corps d’une femme et le cœur de n’importe quel homme. Une seconde fois, Keenan vida un verre d’alcool et se resservit presque machinalement. Il ne la regardait pas, il ne voulait pas qu’elle voit cet homme si jeune au visage et à l’allure parfaits. C’était comme si cet homme venait de prendre quelques années en à peine quelques minutes. Il vidait alors de nouveau son verre, d’une traite et se retourna très vite pour lui faire face. Le sorcier savait parfaitement qu’il ne devait pas abuser de cet alcool au risque de perdre tout contrôle. Mais croyez-vous vraiment que Keenan en avait encore à faire de toutes ces conventions à cet instant même ?

    « Qu’ais-je dis… Keenan…qu’ais-je dis ? »

    Le sorcier comprit alors. Son sens critique de l’analyse ne le trompait jamais. Elle regrettait. Elle était terriblement gênée. Keenan en fut touché, et se surprit à l’être. Il la rejoignit alors doucement, l’allure naturellement dangereuse, fidèle à lui-même et malgré lui. Il n’intenterait rien pourtant. Elle le fixa avec plus d’attention cette fois. Instinctivement, elle recula, sans même sans rendre compte.

    « J’ai…je n’ai pas voulu…ce n’était pas moi… »

    Il sourit doucement, un sourire empli de fatigue et de colère. Bien sûr qu’elle ne voulait pas. C’était évident. Elle ne mentait pas. Il ne lui en voulait pas, mais il restait blessé et épuisé. L’alcool le rendait ainsi plus vulnérable et l’interdisait à mieux se contrôler.

    « De quel monstre parles-tu ? »

    Aie. Keenan vida alors son verre et le posa machinalement sur la table basse. La question le surprit à peine. Il rejoignit alors la sorcière, silencieux et presque étonnement doux et calme. Il quitta alors rapidement la veste de costard noir, la laissa à l’écart d’eux, pour se mettre à son aise. Il referma alors lentement la porte signe de son désir qu’elle reste auprès de lui. Il ne voulait pas être seul. Pas maintenant. Lorsqu’il la fixait enfin de son regard gris translucide, froid et malsain, le sorcier répondit enfin de ce ton quelque peu dur :

    « En faisant mes recherches pour toi, j’ai découvert de qui je tenais cette attitude et ces croyances. Tu l’as dit toi-même, je lui ressemble. Nous sommes atteints, lui comme moi, de ce désir de manipulation malsaine, un besoin sauvage de séduire et gérer la femme comme on l’entend jusqu’à les forcer, sauvagement, et les contraindre à nos pulsions charnelles tout en s’assurant qu’elles ne soient en rien consentantes. C’est un plaisir insatiable. »

    Il marqua une pause et se surprit à s’entendre lui-même prononcer ce discours que même Elena n’avait jamais entendu concrètement. Il se demanda alors pourquoi il se sentait si serein à mesure qu’il lui confiait ces détails secrets te jalousement gardé. Il mit la faute sur l’alcool, et poursuivit très vite :

    « Et puis, jamais assouvi, ce désir entraîne le meurtre pour atteindre ce plaisir absolu. Je me suis toujours battu contre ces pulsions en pensant que mon géniteur que je n’ai jamais connu serait un jour fier de moi. En vérité aujourd’hui je ne sais plus ce qui est plus juste. J’apprends que mon présupposé modèle de p… de père, n’est autre qu’un monstre qui s’est laissé consumé par son propre jeu et qu’il est l’auteur d’une multitude de meurtres, dont ma génitrice. »

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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Sam 5 Mar - 14:05

    Mais pourquoi, pourquoi avoir posé cette question ? C’était idiot, non ? Elle ne connaissait pas l’homme qu’elle avait en face d’elle, elle ne l’avait vu que quelques fois, et jamais très longtemps, elle l’avait utilisé, en réalité. Pour arriver à ses fins, pour trouver sa cible. Jusque là, elle n’avait jamais rien éprouvé pour le journaliste, pas même une once de pitié, d’effroi ou quoique ce soit, avant ce jour…oui, aujourd’hui, c’était différent. Et surtout maintenant. Maintenant qu’elle voyait. Elle voyait à quel point sa haine était dangereuse pour elle, et pour les autres. Elle finirait par la tuer. Elle finirait vraiment par l’avoir…surtout si elle était seule. En cet instant, elle pouvait bien croire le contraire, elle n’était pas seule. Keenan était là, et il l’empêchait de tomber dans la démence, parce que même si sa présence n’avait rien de rassurante, c’était une présence quand même.

    Et ces deux là avaient une chose en commun, et pas des moindres. La souffrance. Elle n’était pas la même pour chacun, mais elle était tout aussi présente chez l’un, comme chez l’autre. Cette souffrance les bouffaient au plus profond, repartait discrètement, doucement…et elle revenait encore plus forte, encore plus violente. Elle laissait toujours plus de traces, de séquelles. Et ça devenait trop dur de lutter, trop dur de se relever. Rester à terre, c’était tellement plus simple. Entraîner les autres dans sa chute, c’était alors tellement mieux, tellement jouissif.

    Chez Vanille, c’était ainsi. Elle ne parvenait pas à avancer normalement, elle ne pouvait plus faire comme si tout allait bien, elle n’en avait plus la force, elle n’était pas assez résistante. Elle était cassée, cassée. Et inconsciemment, si elle avait fui Poudlard, c’était parce qu’elle ne pouvait plus mentir, même volontairement, elle n’aurait pas pu, ce masque de bonheur qu’elle gardait constamment sur le visage était recousue de partout, et ces coutures auraient pu éclater à tout moment, si elle était restée plus longtemps. Et ça, elle ne le voulait pas. Elle était trop fière pour ça, et trop faible. Elle ne pouvait supporter que les personnes qu’elle aimait, ou bien de parfaits inconnus la voit ainsi. Les semaines qui avaient précédées sa fugue, elle n’avait été qu’un cadavre ambulant, elle ne se ressemblait plus, son sourire – faux, hypocrite – s’était effacé, et les seules fois où elle souriait, ce n’était que lorsqu’elle voyait les autres souffrir ; ses yeux étaient éteints, fatigués, plus aucune émotion ne s’en dégageait ; mais ce n’était pas qu’une question d’apparence. Elle mettait mal à l’aise chaque personne avec qui elle parlait, elle les cassait, les ridiculisait, les abattait sur place, par de simples mots, des mots tranchants comme des lames.

    Non. Non, elle n’était plus capable de mentir, du moins sur ce point. Mais, quand était-elle vraiment dans la vérité ? Elle ne savait pas qui elle était, elle ne se connaissait pas, elle se mentait constamment à elle même. Elle n’était personne. Elle était capable d’éprouver des sentiments, de ressentir la douleur des autres, mais tout ça pouvait repartir en une fraction de seconde, tous ces sentiments humains pouvaient s’évaporer à cause d’un mot, d’un seul, elle ne pouvait rien prévoir. Elle était imprévisible, elle ne savait pas se contrôler. Jamais. Et elle détestait vraiment ce qu’elle était, lorsque tout en elle devenait inhumain, lorsqu’elle était obligée d’avancer dans le noir, et de marcher sur les autres pour retrouver le chemin. Obligée…elle pourrait très bien essayer de faire d’elle une personne, elle pourrait très bien se battre contre ce qu’elle était devenue, mais comment ?

    Comment ? Cette question venait s’interposer à chaque fois, mais ça ne faisait rien avancer du tout. Il était très bien de se poser des questions, mais il fallait bien un jour trouver des réponses. Les réponses, elle n’osait même pas les chercher. Elle était effrayée…elle avait peur de détruire tout ce qu’elle pouvait réussir à construire, elle avait peur de tout perdre, de nouveau, elle avait peur. Elle avait peur de la peur elle même. Elle ne voulait pas se soumettre à ça…cette peur. Vulnérable, elle la rendait vulnérable. Alors que lorsqu’elle était contrôlée par la haine, rien ne pouvait l’arrêter, elle n’avait pas peur. La preuve, sans cette haine, elle n’aurait jamais été capable de faire appel à Keenan pour l’aider, elle n’aurait pas passer la porte de sa demeure, elle n’aurait pas prononcé ces mots atroces…

    Elle ne les auraient pas prononcés…elle ne l’aurait pas blessé ainsi. Quelle idiote. La peur était indispensable…sans elle, elle serait certainement morte depuis longtemps. Sans un peu de peur, elle aurait sauté de ce pont…


    « En faisant mes recherches pour toi, j’ai découvert de qui je tenais cette attitude et ces croyances. Tu l’as dit toi-même, je lui ressemble. Nous sommes atteints, lui comme moi, de ce désir de manipulation malsaine, un besoin sauvage de séduire et gérer la femme comme on l’entend jusqu’à les forcer, sauvagement, et les contraindre à nos pulsions charnelles tout en s’assurant qu’elles ne soient en rien consentantes. C’est un plaisir insatiable. »

    Vanille releva les yeux et ne dit rien. Elle ne bougea pas. Elle fixa le jeune homme sans aucune émotion. Elle resta en silence, s’empêchant presque de penser pour le moment. Il n’avait pas fini.

    « Et puis, jamais assouvi, ce désir entraîne le meurtre pour atteindre ce plaisir absolu. Je me suis toujours battu contre ces pulsions en pensant que mon géniteur que je n’ai jamais connu serait un jour fier de moi. En vérité aujourd’hui je ne sais plus ce qui est plus juste. J’apprends que mon présupposé modèle de p… de père, n’est autre qu’un monstre qui s’est laissé consumé par son propre jeu et qu’il est l’auteur d’une multitude de meurtres, dont ma génitrice. »

    Cette fois ci, son visage se décomposa. Keenan ne lui inspirait aucun dégoût, non, ce n’était pas ça…elle se répétait ces paroles, des centaines de fois, pour être bien sur de les avoir entendues. Elle avait été injuste. Bien sur, elle ne savait pas. Bien sur, elle était en proie à la colère. Bien sur, elle s’était laissé avoir volontairement pour avoir sa vengeance. Mais elle avait été injuste. Il ne lui ressemblait pas. Il était simplement atteint de ce même désir malsain, mais il était encore là, à se battre pour ne pas succomber.
    Il se battait contre lui même, il était certainement bien plus honorable que son géniteur. Et elle…elle ne se battait pas ainsi. Elle ne se battait plus pour se sauver, et sauver ce qui lui était cher. Elle était faible.

    La jeune fille ne parvenait plus à le regarder. Elle avait honte, terriblement honte. Elle ne savait plus ce qu’elle voulait exactement. Elle ne savait plus si elle avait peur ou non de cet homme face à elle. Elle ne savait plus. Elle essayait de ne plus penser au monstre, car elle sentait sa colère s’intensifier…une multitude de meurtres…


    « Non…tu ne lui ressembles pas…tu étais prêt à abandonner cette vengeance, et moi j’étais et je suis toujours prête à la prendre. Je sais que je ne pourrais pas reculer, maintenant que je sais où le trouver…même si je ne m’en pense pas capable, quand je l’aurais face à moi, je ne pourrais pas me contrôler, et à ce moment là, la mort ne me fera pas peur. Et je ne me battrais pas pour me raisonner. C’est trop tard. »

    Trop tard…

    « Alors, tu vas vraiment laisser tomber ? Après toutes ces années à lutter pour…pour découvrir que ton géniteur ne serait jamais fier de toi parce qu’il n’est autre qu’un monstre ? Tu vas vraiment laisser cet homme continuer à tuer des innocents à cause de cette chose qu'il t'as donné ? »

    Elle marqua une pause, elle ne savait même plus ce qu'elle disait, elle ne savait plus si elle pensait ces paroles.

    « Je veux me venger...mais si je le fais, je me rabaisserais à lui...peut-être que je devrais laisser tomber...je ne sais plus... »



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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Sam 5 Mar - 16:35

    Keenan ne releva pas la réaction de la jeune fille. Il semblait rassasié. Comme si lui parler à elle était devenu un jeu d’enfant qui le dépossédait de ce secret pesant. Il la voulait à ses côtés encore pour quelques heures, il ne voulait plus la voir partir. Alors, il se leva et se dirigea vers ce bar désormais si familier, se saisit d’une bouteille d’alcool bientôt vide, et d’une seconde pleine et coûteuse accompagnée de deux verres adéquats et luxueux. Lorsqu’il rejoignait la sorcière, celle-ci n’avait pas bougé. Il l’écoutait attentivement. Elle le touchait : tout dans ses discours avait un impacte chez cet homme. Etait-ce dû aux effets de l’alcool ? Il en doutait désormais mais si cela avait été le cas, il comptait en rien y mettre un terme. Bien au contraire. Lorsqu’il s’assit à ses côtés, il vida vulgairement le fond d’alcool présent dans la précédente bouteille. Keenan tenait remarquablement bien cette substance dangereusement alléchante. Mais un verre, un seul, et sa conscience devenait aisément plus vulnérable. Il s’empressa alors de déboutonner à la hâte quelques boutons du haut de sa chemise impeccablement claire et s’empressa d’ouvrir la seconde bouteille. Son visage restait intacte : dur, froid et beaucoup trop sévère. Son regard gris saurait déstabiliser n’importe laquelle de ses partenaires, et cela faisait parti des atouts physiques soigneusement étudiés pour séduire ses proies. Lorsqu’il se servit un verre, il imita son geste pour le second qu’il laissa entre la sorcière et lui. Libre à elle de le vider, il ne l’obligeait en rien, cela faisait simplement parti de cette auto-éducation qu’il s’était inculqué.

    « Non…tu ne lui ressembles pas…tu étais prêt à abandonner cette vengeance, et moi j’étais et je suis toujours prête à la prendre. Je sais que je ne pourrais pas reculer, maintenant que je sais où le trouver…même si je ne m’en pense pas capable, quand je l’aurais face à moi, je ne pourrais pas me contrôler, et à ce moment là, la mort ne me fera pas peur. Et je ne me battrais pas pour me raisonner. C’est trop tard. »

    Keenan haïssait son géniteur à un point irrémédiable et dangereusement inimaginable. Le sorcier, malgré cette personnalité qu’il aimait interpréter –et qui faisait éminemment partie de lui-, partageait ce goût pour l’humanité et se savait prêt à subir ce monstre et préserver ces femmes plutôt que leur infliger un viol mortel. Il était respectable et démesurément amoureux de la gente féminine. Et malgré le souvenir et le sourire de sa sorcière, Elena, Vanille ne lui était pas détestable. Bien au contraire, elle était au goût du sorcier, mais bien plus qu’un simple physique, Keenan se surprenait à voir qu’elle était la seule –et ce même avant Elena- à l’affectait à ce point. Chaque mot comptait, il les vivait véritablement, il pouvait le dire.

    « Alors, tu vas vraiment laisser tomber ? Après toutes ces années à lutter pour…pour découvrir que ton géniteur ne serait jamais fier de toi parce qu’il n’est autre qu’un monstre ? Tu vas vraiment laisser cet homme continuer à tuer des innocents à cause de cette chose qu'il t'as donné ? »

    Non. Bien sûr que non. Il se savait d’ailleurs le seul à pouvoir achever de sang froid et sans scrupule cet homme qui n’était autre que son géniteur, et ce sans jamais le regretter une seule seconde.

    « Je veux me venger...mais si je le fais, je me rabaisserais à lui...peut-être que je devrais laisser tomber...je ne sais plus... »


    Il sourit, laissant échapper un rire étouffé. Il n’était pas soul, pas le moins du monde. Il semblait étonnement calme. Il ferma alors les yeux, comme pris par les effets non désirables de cet alcool et laissa doucement tomber sa tête sur cette porte sombre. Ce fut uniquement lorsqu’il sentit le regard de la jeune femme sur lui qu’il répondit :


    « Vanille, commença-t-il doucement, tu ne tueras pas cet homme. Je te laisserai lui affliger la pire des torture, et je t’accompagnerai dans ce jeu malsain, mais je lui porterai le coup fatal. Tu es jeune, et même si tu sembles sauvagement aveuglée par ton désir de vengeance, tu es plus humaine que je ne le suis, et vivre avec la mort d’un homme, aussi vil et détestable qu’il soit, ne te seras pas supportable. Ce ne sera pas le premier pour moi et je sais remarquablement bien vivre avec, mieux encore : je me délecte à l’idée de vivre avec du sang sur les mains. Personne, je dis bien personne, ne se doute de qui je suis réellement. Keenan n’est, au sein de cette société, qu’un journaliste brillant, hautain, méprisable, séduisant et doté d’un génie que beaucoup dans mon milieu admire. Ils sont bien loin d’imaginer qu’à chaque discours prononcé, je vis dans une démence illusoire, un fantasme de perversion charnel et de mort évidente. »

    Keenan ne semblait à des années lumières de ce sorcier prétextant garder ce secret pour sa propre sécurité. Vanille, sans le savoir, laissait émaner d’elle cette chose qui poussait le sorcier dans une confiance la plus totale. Il fit pivoter alors son visage et croisa enfin ce regard sombre et pourtant presque trop calme. Ses pupilles grises allaient de ses lèvres, à son cou jusqu’à rencontrer son regard. Il semblait on ne peut plus tendre et protecteur, adoptant, sans même se rendre compte, cette attitude fraternelle et pourtant ambigüe qu’il avait laissé mourir avec Zéphia.

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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Sam 5 Mar - 19:34

    « Vanille, commença-t-il doucement, tu ne tueras pas cet homme. Je te laisserai lui affliger la pire des torture, et je t’accompagnerai dans ce jeu malsain, mais je lui porterai le coup fatal. Tu es jeune, et même si tu sembles sauvagement aveuglée par ton désir de vengeance, tu es plus humaine que je ne le suis, et vivre avec la mort d’un homme, aussi vil et détestable qu’il soit, ne te seras pas supportable. Ce ne sera pas le premier pour moi et je sais remarquablement bien vivre avec, mieux encore : je me délecte à l’idée de vivre avec du sang sur les mains. Personne, je dis bien personne, ne se doute de qui je suis réellement. Keenan n’est, au sein de cette société, qu’un journaliste brillant, hautain, méprisable, séduisant et doté d’un génie que beaucoup dans mon milieu admire. Ils sont bien loin d’imaginer qu’à chaque discours prononcé, je vis dans une démence illusoire, un fantasme de perversion charnel et de mort évidente. »

    Mais bien sur…c’était évident. Il ne savait pas. Il ne savait rien, en réalité. Vanille venait d’en apprendre bien plus sur cet homme que lui sur elle. Il était tellement loin de s’imaginer que cette jeune fille avait déjà tué. Il était tellement loin de s’imaginer qu’elle vivait constamment avec les images de ces deux personnes, de ces deux cadavres dans son esprit. Il était tellement loin de s’imaginer que chaque soir, elle se couchait en pensant à eux, et que lorsqu’elle trouvait enfin le sommeil, elle les retrouvait dans des cauchemars affreux. Vivre avec la mort de deux êtres qui ne méritaient pas ça, deux être qui méritaient de vivre, aussi différent soient-ils, vivre avec cette mort sur la conscience était un enfer. Chaque fois qu’elle fermait les yeux, ne serait-ce que quelques secondes, elle les voyait…chaque fois qu’elle entendait quelqu’un parler de mort, chaque fois qu’elle apprenait la mort de quelqu’un dans un journal, chaque fois qu’elle voyait ses amis pleurer à cause de la mort d’un proche, elle y pensait. Et ça l’empêchait de vivre.

    Lorsqu’elle était engoncée dans son mensonge, le mensonge crée par sa propre mère pour la protéger, elle vivait vraiment. Même si c’était faux, elle vivait. Elle riait, souriait, ne se souciait de rien, et c’était tellement simple. Elle était comme une enfant, mais il fallait bien qu’elle grandisse un jour…et sa mémoire ne pouvait rester enfouie pour toujours. Mais…apprendre qu’elle avait tué un membre de sa famille pour en protéger un autre, comme ça, une après midi chaude et ensoleillée, comme ça, près de Fraise, son amie, l’apprendre sans y avoir été préparé…ce choc l’avait changé. A partir de ce jour, rien ne fut pareil. Elle avait tenté de mettre fin à ses jours, puis ensuite, prête à tout pour retrouver une vie, elle avait essayé, de tout son cœur, elle avait essayé de repartir à zéro, de devenir celle qu’elle avait toujours prétendue être. La jeune fille souriante, toujours joyeuse, farceuse et séductrice, la jeune fille qui ne craint pas de s’engouffrer dans les situations les plus farfelues, la jeune fille téméraire, qui fonce tête baissée et qui ne réfléchit qu’après…elle n’avait pas réussi. Et elle avait abandonné. Elle avait lâchement abandonné.

    Elle ne pouvait pas dire qu’elle n’avait pas tout fait pour y arriver…mais malgré tout, elle ne cherchait qu’à s’enfoncer, et dans ses moments de folie, volontairement. Elle regrettait toujours, mais ces regrets s’effaçaient bien rapidement. C’était un cercle vicieux. Elle était définitivement perdue. Et tant qu’elle n’avait pas accompli ce dessein qui l’obsédait tant, elle ne pourrait pas se construire de nouveaux rêves. Si seulement elle le pouvait de nouveau…à présent, elle survivrait. Elle ne vivrait pas, elle survivrait. Pas pour elle, pour les autres. Ceux qui pensaient qu’elle était quelqu’un de bien, ceux qui pensaient qu’elle était capable de remonter. Pour Ariana qui pensait qu’elle avait abandonné son idée de vengeance et qui l’attendait dans sa propre demeure, devant un bon feu, aux côtés de sa mère…pour sa mère. Pour sa mère qui aimait sa fille plus que n’importe qui, et qui croyait en elle. Pour eux, elle resterait sur cette terre.
    La pression était trop forte. Vanille laissa s’échapper une larme. Plusieurs. Pleurer, c’était sans doutes la seule chose qui pouvait encore la soulager. Elle ne chercha pas à les cacher, ces pleurs. Keenan pouvait les voir, ça n’avait aucune importance. Et il avait également le droit de savoir ce que cette jeune fille avait fait.

    « Plus humaine…je n’en suis plus si sure, à présent, commença-t-elle en tentant vainement de calmer ses sanglots, mon enfance a pris fin bien vite, je n’avais que 5 ans quand ton…géniteur a tué mon grand père, mais je n’ai rien su, je ne savais pas ce qui avait rendu mon père si…distant et froid. J’ai fais comme si rien n’avait changé, mais ça n’a pas duré, le désir de connaître la vérité était bien trop fort. Seulement, ma mère ne voulait pas me traumatiser, et mon père…elle marqua une pause, reprenant son souffle, il sombrait dans des colères noires à chaque fois que j’abordais ce sujet. Ma vie de famille avait disparu, ainsi que mon insouciance, je me suis renfermée dans un silence presque effrayant. Les années ont passées, et il devenait de plus en plus taciturne, colérique et violent. Il a plus d’une fois levé la main sur moi, il m’a plus d’une fois regardé avec mépris, il ne m’a plus jamais considéré comme sa fille, je n’étais plus rien qu’un stupide jouet sur lequel on passe ses nerfs, dit-elle en serrant les poings aussi fort qu’elle le put, et moi, je ne le considérais plus comme mon père, ma haine a commencé à grandir…et j’ai définitivement fichu ma vie en l’air. »

    Elle se tut soudainement. Elle était sur le point de confier sa plus grande honte, son plus grand secret à un inconnu…un inconnu qu’elle connaissait tout de même malgré elle. Il fallait continuer, elle ne pouvait plus se défiler.

    « Je l’ai tué…pour protéger ma mère, dit-elle finalement sur un ton dur, sans vraiment le vouloir, et on m’a retiré ma mémoire. J’avais huit ans, huit ans…ma vie après ce drame a été basé sur un mensonge, ma vie était un mensonge. Mais j’aurais préféré continuer sans savoir, cette mémoire, je l’ai retrouvé il y a quelques semaines, peut-être quelques mois…je ne m’y étais pas préparé. J’ai su que j’avais tué mon père, j’ai vu mon enfance défiler sous mes yeux, et quand je me suis réveillée, je n’étais plus la même. Mais je suis encore là, à vouloir me venger, malgré cette insupportable culpabilité. »

    Devait-elle continuer ? Devait-elle également lui confier qu’elle n’avait pas commis un seul meurtre ? Devait-elle lui parler de cet élève baignant dans son sang…si elle voulait avoir le courage de lui dire, il fallait qu’elle le fasse maintenant, maintenant.

    « Ma conscience est lourde, très lourde, mais elle n’a pas encore cédé. Quelques temps après que ma mémoire soit revenue, j’ai voulu profiter de ma vie, j’avais réfléchi, et je voulais vraiment tout faire pour m’amuser, pour vivre…mais je n’étais sûrement pas prête. J’ai bu, beaucoup, et…il y avait ce garçon, tellement insupportable…il aurait pu partir après avoir fait son dragueur à deux sous, il aurait pu sauver sa vie, mais il est revenu, je n’étais pas seule, j’étais saoule et mon amie aussi, elle fixa la bouteille qui trônait entre elle et Keenan, ne parvenant pas à regarder autre chose, nous l’avons humilié, torturé et nous lui avons fracassé la bouteille d’alcool vide sur le crâne…j’ai regardé ce garçon se noyer dans son sang et j’ai fui, articula-t-elle avec beaucoup de mal, dégoûtée, j’ai volé deux vies…je ne suis pas vraiment certaine d'être plus humaine. »



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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Mar 8 Mar - 1:37

    « Plus humaine…je n’en suis plus si sure, à présent [ …] j’ai volé deux vies…je ne suis pas vraiment certaine d'être plus humaine. »

    Keenan était cette fois troublé. Il vida un n-ième verre et retira celui qu’il proposait à sa partenaire. Il comprit pourquoi elle n’avait pas accepté sa proposition et son attitude était un signe de compréhension la plus totale. Il vida ce second verre suivi du fond de la seconde bouteille et oublia enfin cette substance qui s’emparait progressivement de lui. Il était désormais moins à même de contrôler totalement ce qui se construisait progressivement dans son crâne. Sa tête était douloureuse tout comme le cœur de ces sorciers, assis à même le sol, l’un à côté de l’autre, chacun noyant sa peine entre l’alcool et le souvenir. Une mémoire intacte et destructrice qui provoqua une peine indéniable chez sa convive. Keenan n’eut pas besoin de le voir pour le percevoir. Sa voix se perdait dans son rythme régulier, elle semblait plus hésitante, plus tremblante. Elle lui rappelait celle d’Elena. Il se surprit à en être trop touché.

    En effet, la jeune femme ne l’avait pas laissé indifférent ne serait-ce qu’au premier contacte. Il se souvient avoir remarqué Vanille et sa silhouette atypique et séduisante pour une si jeune fille avant même que la sorcière ne remarque sa présence. Son sourire sublimait un visage pâle et creusé, ses yeux clairs contrastaient parfaitement avec son habituel regard aux tracés noirs et à l’allure perçante. C’était comme si d’un seul coup d’œil, elle perçait les moindres parcelles de personnalité intimement et précieusement gardé par autrui. Elle était élancée et frêle, élégante et presque naturellement hautaine, telle était du moins ce qu’en avait conclut le sorcier. Elle lui avait plu, il l’avait remarqué, l’avait regardé comme tout homme savait faire. Il n’oubliait pas Elena. Loin de là. Simplement c’était totalement différent. Vanille était une femme que tout homme chercherait à convoité lorsqu’elle deviendrait une femme et qu’elle se détacherait de Poudlard, Elena, elle, était sienne, celle qu’il a toujours admiré et jalousement possédé.

    « Dans ce cas, douce meurtrière, commença-t-il sur un ton calme et presque froid, pourtant empli d’un humour noble et stricte, allions notre soif de vengeance contre cet homme. Mais pour l’heure, regrettant ce semblant de réconfort que je ne peux t’apporter, permets moi de faire ce que j’ai toujours imaginé comme vrai depuis le premier jour. »

    Non, cela n’avait rien d’un discours empli de romantisme. La voix de Keenan se voulait réconfortante, plus chaude que d’ordinaire. Son discours n’était en rien démesurément théâtrale ou faux, c’était sa façon à lui de s’exprimer, dans une noblesse fine et travaillée. Il semblait plus chaleureux, et ce malgré lui. Son attitude restait néanmoins sûre : il planta son regard gris dans ses yeux, et sa main se posa doucement sur son visage qui déjà retirait des larmes envahissantes. Keenan se releva quelque peu, ses genoux à terre, de chaque côté des jambes de la sorcière. Il releva le haut de son corps, s’imposant presque en maître, tandis qu’une autre main se posa sur sa joue se mêlant à sa chevelure. Leurs corps étaient proches. Vanille ne lui résistait pas. Faisait-elle partie de toutes ces femmes qui se délectaient de son corps autant que de ce visage dangereusement parfait ? Elle le fixait, à la fois surprise, soudainement quelque peu apaisée et fatiguée.

    Et c’est alors que le regard de Keenan allait du sien à ses lèvres roses et humides. Lorsqu’il rapprocha lentement son visage du sien, il goûta à ces lèvres, mêlant leur douceur et ce goût salé et piquant. Elle se laissait faire, presque trop consentante, réciproquement envahie par ce désir d’oublier tout ce qui les entouraient, ces souvenirs, ce présent et ce futur destructeurs, dans cette pièce sombre et protectrice, froide et pourtant chaleureuse.

    C’est ainsi que débutait une longue et interminable étreinte au goût amer et sucré d’alcool, tandis que Keenan en oubliait presque tout la dangerosité de cette substance face à cette perversion malsaine.

    Que la partie commence.

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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan Mer 9 Mar - 0:15

    « Dans ce cas, douce meurtrière, allions notre soif de vengeance contre cet homme. Mais pour l’heure, regrettant ce semblant de réconfort que je ne peux t’apporter, permets moi de faire ce que j’ai toujours imaginé comme vrai depuis le premier jour. »

    S’allier…enfin leur soif de vengeance se rencontrait. Cette fois, le destin de cet homme était scellé, c’était pour lui la fin d’une vie qu’il ne méritait pas de partager avec d’autres personnes présentes sur cette planète. Vanille en était rassurée. Elle ne porterait pas ce fardeau seule. Elle se surprit à se demander ce qu’elle ferait après, après tout ça…la fugue, la vengeance…continuerait-elle à mentir en rentrant à Poudlard ? Continuerait-elle à se montrer souriante alors qu’elle était bouffée de l’intérieur ? Réussirait-elle à retrouver l’appétit ? A dormir normalement ? Et que dirait-elle à tous les amis qu’elle avait laissé derrière elle, à Aaron, qui devait être mort d’inquiétude ? Elle n’avait pas le moins du monde réfléchi à tout ça. Son meilleur ami ne savait rien sur elle, il ne connaissait que la fille pétillante et pleine de vie, qui avait su faire face à chaque instant et qui avait le courage d’avancer. Et elle ne voulait pas qu’il sache qui elle était vraiment, leur amitié était simple, simple et pourtant si forte. Elle ne voulait pas gâcher ça, avec lui, elle pouvait vraiment être celle qu’elle avait prétendue être durant si longtemps, avec lui, elle pouvait se sentir elle même, sans avoir besoin de l’être réellement.

    Elle ne parvenait pas à se plonger dans l’avenir, même proche. Elle était tellement instable qu’elle ne savait même pas si elle rentrerait un jour à Poudlard. Pour le moment, elle savait juste qu’elle allait enfin détruire l’homme qui avait semé des roses pleines d’épines sur son chemin.


    C’est alors que le jeune homme planta son regard dans le sien et posa doucement sa main sur son visage noyé par les larmes, Vanille le regarda intensément, le laissant sécher ces larmes qui perlaient encore à ses yeux, ses yeux vides et pleins d’émotions à la fois. Il vint s’imposer au dessus d’elle, elle ne bougeait pas. Elle souhaitait, tout comme lui, oublier tout, oublier le malheur qui les liaient, oublier ce pour quoi ils se battaient sans cesse, jour et nuit, oublier le monde qui les entouraient et qui, autour d’eux, tournait à en donner mal au cœur. Elle cherchait toujours le moyen d’effacer ses pensées trop envahissantes, et goûter au doux plaisir de l’amour, même sans aimer, était le seul qui lui permettait de s’évader complètement. L’alcool venait après.

    A chaque fois qu’un homme posait les yeux sur elle, elle cherchait une étincelle, quelque chose qui, en elle, pourrait changer. Elle voulait croire à l’amour, avancer avec quelqu’un, tenir sa main, avoir une confiance aveugle dans cette personne et ne jamais plus douter, partager le lourd fardeau de la vie avec elle, partager tout. Elle voulait croire à ça. Mais elle était parfaitement incapable de s’accrocher à une personne longtemps, elle valsait de l’une à l’autre, tout le temps. Elle ne trouvait pas « le bon » comme certains disaient. Elle essayait de ne pas s’attacher à ceux qu’elle pourrait aimer, car la peur de les perdre était constante et la hantait. Simplement…simplement, il y avait Evan. Elle l’aimait, depuis longtemps, et pourtant, jamais elle n’avait voulu se l’avouer. Elle avait enchaîné les conquêtes, car elle ne voulait pas être seule, car elle préférait être protégée et aimée que recluse dans un coin, à se morfondre.

    Evan…

    Keenan porta ses lèvres sur les siennes. Vanille, à ce contact, ne bougea toujours pas, et pourtant son cœur était tourné vers Evan, son visage se baladait dans son esprit, ne voulant pas la laisser tranquille. Non…elle ne pouvait pas, elle ne pouvait pas…mais l’envie, l’envie de tout oublier était bel et bien là…elle mit fin au baiser et mit ses mains sur les avants bras de Keenan, elle n’avait pas le droit.


    « Je ne dois pas…dit-elle avec une voix presque imperceptible, je…et merde… »

    Et merde. Elle n’était même pas sure de revenir au château, et si elle revenait, elle ne parviendrait peut-être pas à reparler à Evan, ou encore à le regarder, elle n’oserait même plus croiser son regard dur et froid, elle était déjà assez faible comme ça. Alors pourquoi, pourquoi penser à lui, alors qu’elle avait Keenan, en cet instant ? C’était lui qui l’embrassait, lui qui plongeait son regard presque translucide dans le sien. C’était lui qui était là, près d’elle, et qui voulait de tout cœur qu’elle reste dans cet appartement sombre et chaleureux à la fois. C’était lui qui venait de sécher ses larmes salées.

    Elle posa alors ses deux mains, jusque là restées immobiles, sur ses joues, en le regardant dans le blanc des yeux. Ce jeune homme était incroyablement beau, une beauté glaciale…il dégageait quelque chose que la serdaigle n’aurait pu expliquer, il avait du charme, oui, mais ce n’était pas ça qui la poussait à le regarder ainsi, c’était bien ce désir réciproque de s’éloigner de la réalité, d’avoir une personne avec qui partager ses souffrances, rien qu’un instant…

    Et elle rapprocha son visage qu’elle avait éloigné. Dans ses yeux, elle voyait tant d’émotions, et se surprit à sentir son cœur battre dans sa poitrine, presque aussi fort que lorsqu’elle voyait…Evan. Elle éloigna une nouvelle fois cette pensée et posa doucement ses lèvres sur celles de Keenan et posa sa main sur son cœur. Il battait fort, lui aussi.

    « Je veux tout oublier… »



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MessageSujet: Re: Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan

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Quand on a cultivé la haine toute une vie, elle revient toujours. {Keenan

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