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 It's hard to say it, time to say it... } Max | TERMINÉ

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● ARRIVÉE SUR LE FOW' : 14/01/2011
● MESSAGES : 64


MessageSujet: It's hard to say it, time to say it... } Max | TERMINÉ Jeu 20 Jan - 3:19

Londres ; Janvier 1976
Ministère de la magie : 08h12


    Le Hall était bondé. Il y avait une foule monstrueuse, mais cela n’avait rien d’impressionnant étant donné l’heure. La plupart des sorciers venaient d’arriver sur leur lieu de travail, et tous circulaient à vive allure pour ne pas être accusés de retarder l’ensemble de leur département pour quelques minutes d’inactivité. Et parmi tous ces gens, il y avait quelqu’un qui ne bougeait pas. Tout le monde passait devant, mais personne ne semblait se rendre compte de sa présence. Une ombre parmi les anonymes. Vêtue d’un long manteau noir.
    Joshua Willow.
    Il lui avait fallu près de trois semaines. Soit près d’une vingtaine de jours, pour se décider à entrer en contact avec l’homme qui fut un temps son meilleur ami. Qu’en était-il aujourd’hui? Il était parti, laissant un jeune type plein d’ambition, et voilà qu’à son retour ce mec était devenu le sorcier le plus important – avant ou après Dumbledore? – de leur univers.
    Ministre de la magie… Pas moins que ça…
    Et lui, qu’espérait-il? Qu’un homme aussi important accorde ne serait-ce qu’une minute de son temps à un pauvre type comme lui? Qui semblait revenir d’entre les morts? Non. A vrai dire, il n’aurait su trop expliquer ce qu’il attendait de ces… retrouvailles… Qu’en sortirait-il? Difficile à imaginer. Et s’il continuait à chercher une réponse pour entrer en contact avec lui, jamais il ne se jetterait à l’eau. Ce serait stupide de changer d’avis, maintenant qu’il avait enfin mis un pied à l’intérieur du bâtiment sorcier le plus important de Grande-Bretagne – quoique Gringotts puisse également prétendre au titre. Non, ce n’était pas le moment de tergiverser. Il était là. Enfin. Et il allait finir ce qu’il avait commencé. Trop bête de s’arrêter en plein milieu du chemin… Après tout, le plus dur était passé, non?
    Quitter le Chaudron Baveur. Venir jusqu’au Ministère de la magie. Entrer dans le Hall de l’établissement.
    Ridicule. Qu’est-ce que tout cela avait de difficile? Absolument rien. C’était simple comme Lumos.
    Bien sûr. Le plus dur restait à venir. Se retrouver face à Max… ne pas flancher… ne pas succomber… affronter le regard de l’homme le plus important de sa vie – et du pays désormais – et mettre les choses à plat. Mentir à celui qui comptait le plus pour lui, sans sourciller. Pourquoi devait-il s’infliger cela?!
    La réponse était pourtant évidente. Il était hors de question de répondre à l’inévitable « où étais-tu passé? » par un « je ne sais pas » ou quelque chose proche du « j’ai oublié » sincère mais peu crédible. Il ne pouvait pas non plus dire à cet homme qui avait pour valeurs la justice et la loyauté que lui, qui se prétendait bon malgré sa famille, était en fait un assassin. Le meurtrier de deux hommes dont il ignorait tout, même le nom. Si Joshua s’était souvenu, s’il s’était rappelé, il saurait que ces gars-là n’avaient rien d’enfants de cœur. Et que leur mort n’avait été que son pass pour un retour à la vie. Sauf qu’il ne s’en souvenait pas, il ne s’était pas rappelé. Alors il allait mentir. Inventer un passé pour justifier ces neufs années de perdues.
    Mentir à son meilleur ami…

    Si ce qu’il s’apprêtait à faire le répugner plus que tout, il se mit tout de même en marche. Son objectif était simple. Atteindre le premier étage et pénétrer dans le bureau du ministre de la magie. Dit comme cela, ça semblait d’une facilité déconcertante.
    Mais on ne plaisantait pas avec la sécurité dans cet endroit. Pas depuis ce qu’il s’était passé, pas depuis l’enlèvement. Situation critique qu’ils venaient de traverser mais dont lui, revenant de nulle part, ignorait tout. Et malgré son manque de connaissances sur l’actualité, il parvint à passer sans encombre les Aurors qui surveillaient de près ou de loin l’accès au niveau un. Finalement, ça avait vraiment été simple.
    Le plus encombrant restait à venir. Sous la forme d’une détestable secrétaire. Les agents administratifs… tous les mêmes. Et lui put s’en rendre compte, à l’instant où il osa passer devant le bureau de la mégère – harpie? – sans prendre le temps de s’arrêter. Ce qui lui valut de se faire interpelé aussitôt. Grinçant des dents, il stoppa son entreprise. Il allait écouter cette vieille bique quelques secondes, hocher de la tête comme le font les gros benêts, et poursuivre sa route. La pimbêche aurait été mignonne, il aurait pu faire un petit effort avec sa fibre de séducteur né. Sauf qu’elle était vraiment trop horrible… Max avait-il perdu le goût des femmes? Regrettable…


    « Jeune homme, où comptez-vous aller comme ça?
    - Voir le ministre…
    - Bien sûr, jeune homme. De nombreuses personnes veulent le voir. Vous avez rendez-vous?
    - Je vous demande pardon?
    - Est-ce que vous avez un rendez-vous avec monsieur le ministre?
    - Vous vous foutez de moi?
    - Mais absolument pas jeune homme. Il y a une procédure très stricte à suivre pour rencontrer monsieur le ministre. Et vous allez vous y plier, comme tout le monde.
    - Je n’ai pas le temps avec vos…
    - Voici un formulaire, vous le rempliss…
    - J’en veux pas de votre formulaire!
    - …le remplissez, vous le posez sur la pile de droite verso apparent, et une fois que les demandes qui précèdent la vôtre auront été entendues, nous vous contacteront pour fixer un rendez-vous après un délai de trois semaines minimum à partir de notre entretien par cheminées interposées. Tenez, voici une plume pour écrire. A moins que vous ne préfériez faire cela chez vo…
    - SILENCIO! »

    C’en était trop! Il ne fallait pas jouer avec les nerfs d’un « jeune homme » – et d’abord pourquoi s’obstinait-elle à l’appeler ainsi? – qui avait l’intention de rendre une visite à son meilleur ami, après neuf longues années d’absence qu’il aurait à justifier. Oui, il avait perdu son sang-froid. Et il est vrai que ce n’était pas chose courante, chez lui. Mais après tout, il y avait de quoi devenir fébrile, étant donné la situation délicate dans laquelle il se trouvait…

    Ne perdant pas de temps à attendre que la cavalerie arrive, il se glissa dans le bureau du ministre de la magie…
    A l’instant où sa main lâcha la poignée, son cœur battait la chamade. Il avait oublié tout ce pour quoi il venait ici ce jour-là. Il avait oublié pourquoi il n’était pas venu plus tôt. Il avait oublié qu’il risquait de se faire froidement remercié. Il avait même oublié qu’il devrait rendre des comptes pour tout ce temps qu’il avait perdu à… à faire il ne savait trop quoi. Il avait tout oublié.
    En fait, maintenant qu’il y était, une seule chose comptait vraiment. Max. Il allait enfin revoir son meilleur ami. Le manque éclipsait toute pensée, toute émotion, toute sensation. Il n’y avait que le manque. Ce douloureux manque…
    Et le besoin irrésistible, irrépressible de le combler.

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MessageSujet: Re: It's hard to say it, time to say it... } Max | TERMINÉ Lun 24 Jan - 2:31

C'était finalement une journée comme les autres qui débutait. Maximus John Cobb n'avait pas particulièrement hâte qu'elle ne commence. Pourquoi ? Parce que ces derniers temps, son travail lui apparaissait de plus en plus comme un combat perdu d'avance. Il venait de sortir de Sainte Mangouste. Et à part de nombreuses cicatrices, un bras en attelle et les mots "Sang-de-Bourbe" à vie tatoué sur son avant bras droit, il était indemne. Complètement remis. Du moins physiquement, car psychologiquement, c'était très différent.
Max était toujours hanté par le souvenir de ses agresseurs. Il faisait des cauchemars abominables qui l'empêchaient de dormir plus d'une heure sans se réveiller en hurlant, poursuivi par des ombres terribles qui ne voulaient qu'une chose : sa peau. Le Ministre de la magie ne se sentait plus en sécurité ; pire, il se sentait vulnérable et impuissant. Les yeux cernés, injectés de sang, l'homme enfila rapidement un costume sombre avec précaution, mais ses nombreuses ecchymoses et cicatrices lui arrachèrent une grimace de douleur tandis qu'il enfilait sa chemise. Il noua sa cravate d'une seule main, s'aidant légèrement de sa baguette. Une cravate sombre elle aussi. Un peu trop serrée mais il n'avait pas le temps de rectifier le tir ; il ajusta rapidement son attelle sur sa veste et acheva de lasser ses chaussures de cuir avant de prendre la direction de la porte de son luxueux appartement. De là, on voyait Big Ben et tout Londres. La vue était magnifique. Mais Cobb ne la voyait plus depuis longtemps ; il rentrait trop tard et partait trop tôt pour voir autre chose que son grand lit vide dans cet appartement autrefois rempli par les cris de joie des enfants.
Autrefois.
Il traversa rapidement la rue, encadré par une escouade d'aurors qu'il n'avait cette fois pu décemment refuser après l'enlèvement. Aux yeux de la presse, son sauvetage apparaissait comme un miracle, et on avait remis en cause son côté impulsif. Sur l'avis de Clemens et de Melody, Cobb avait fini par céder. Mais il détestait toujours autant sentir la présence de ces gardes autour de lui, comme des parasites qu'il aurait volontiers évincé d'une seule main - puisqu'il n'en avait plus qu'une de fonctionnelle. Cependant alors qu'ils approchaient du Ministère de la Magie - ils étaient censés utiliser les cabines téléphonique -, le Ministre fit un signe de tête à ceux qui l'encadraient et il transplana habilement, laissant une traînée de fumée bleuâtre derrière lui. Être Ministre de la Magie avait ses avantages certains.
Il rejoignit son bureau en évitant les hordes de journalistes - le service de sécurité fit pour une fois assez proprement son travail - et en slalomant parmi les nombreuses personnes qui désiraient s'entretenir avec lui. Il se contentait de murmurer un simple "prenez rendez-vous" et disait quelques mots rassurants à ceux qui étaient trop découragés ou qui lui inspiraient trop de compassion. Mais la situation était réellement trop grave pour s'attarder sur tel ou tel cas ; il fallait agir en profondeur, en général, et c'était très, très compliqué.
Melody n'était pas là, constata Max en arrivant un peu après 7 heures et demie au premier étage. Il se souvint soudainement de l'accouchement. L'accouchement ! Comment avait-il put oublier... ? Cela lui rappela ses propres enfants. Il contourna le bureau de l'abominable secrétaire qui la remplaçait en lui adressant un sourire qui n'avait rien de naturel et alla directement à son immense bureau, en claquant la porte derrière lui.
La photo de Mary avec ses enfants lui glaça le coeur. Phil et Jane souriaient près de leur mère. Mary... Mary. Il l'avait aimé comme on aime qu'une fois. Et elle était morte, ils la lui avaient prise. Quant à ses enfants... Cobb serra le poing. Il ne fallait pas y penser.
Il s'assit derrière le bureau de bois massif. La rollex de son père affichait 8 heures. Son père. Un moldu qui occupait l'un des postes les plus influents du gouvernement anglais... Mais un moldu qui n'aimait pas la magie. Après l'incident qui avait coûté la vie au frère cadet de Clemens et Maximus, ce dernier avait renié son fils aîné.
Maximus se souvenait encore la journée d'été où il avait été témoin de la mort de Neil, son frère. Un puits. Neil était tombé dedans, alors que Max s'amusait à le soulever de terre et à la balancer au dessus. 8 ans... il savait nager. Aux cris de terreur de son petit frère au fond du puits, Max avait rit et répondu "allez, chochotte, arrête de jouer les fifilles !". Et puis plus rien. Le silence. Un silence terrible. Et un petit corps gonflé d'eau. Alors Max le rebelle, Max le téméraire n'avait plus rien été aux yeux de ses parents. Clemens le doux , oui. Mais pas Max. Et à l'âge de quinze ans il était parti, emportant seulement la montre de son père. Il était revenu une fois. Mais sur le pas de la porte, alors qu'il s'était présenté, son père avait répondu "Je n'ai plus qu'un fils, et ce n'est pas toi. J'en avais un autre mais on me l'a pris."
Depuis, Cobb évitait de parler famille.
Il avait réussi pourtant, à presque tous points de vue. Né moldu et pourtant l'homme le plus influent du pays. Père, mais mauvais père. Veuf. Non, il n'avait pas tout réussi.
Et ses amis... ? Au souvenir d'Alienor, il crut mourir. Non, pas Alienor pas... Maintenant. Elle l'avait abandonné, elle l'avait trahi. Il avait crut au retour de Joshua pourtant, mais Joshua devait être mort, il devait être mort. Cobb l'avait cherché, puis, quand ses fonctions ne le lui avaient plus permis, il avait envoyé des aurors ratisser le pays. Mais personne, jamais, n'avait plus su ce qu'il était devenu. Et Alienor avait sombré dans la folie. Cobb, lui, avait fait une croix sur son meilleur ami.
Il signait un avis de transfert à Azkaban pour l'un des mangemorts arrêtés récemment - Croupton Sr. avait demandé un baiser du détraqueur, mais Cobb s'y opposait totalement -, quand tout à coup il entendit des éclats de voix. Cela venait de dehors. Il leva la tête de ses dossiers, intrigué. Levant un sourcil, il se leva quand la porte s'ouvrit.

Non.

Non c'était -
Impossible.


Non.. NON.

Et pourtant. Son visage - sombre, sombre tellement sombre tellement changé tellement... tellement lui. Tellement lointain tellement... Non, impossible. Mais Joshua - JOSHUA ! Joshua était là, devant lui, sur le pas de la porte, comme s'il n'osait pas rentrer, dans l'encadrement de la grande porte, devant le bureau immense aux matériaux nobles, Joshua et tout ce que Cobb avait pu imaginer se réduisait à cette simple vision. Josh. Et le trou dans sa poitrine d'un coup se combla. Trou immense pourtant pas incurable. À la simple vue de son meilleur ami, Cobb sentit le monde devenir autre. En un sens, plus beau.
Mais les questions, les questions et l'incompréhension bien sûr. Mort, il l'avait cru mort. Blessé, mangemort, capturé, amnésique... Hypothèses toutes plus farfelues les unes que les autres. Mais non, il était là. Où ? Où était t-il passé tout ce temps ? Les réflexes n'étaient plus les mêmes, Cobb était fatigué. Il ne sauta pas dans les bras de cet homme qui était presque devenu un inconnu avec les années. Mais il sourit. Et il y avait longtemps qu'il n'avait plus souri de cette manière là. La nouvelle secrétaire le tira de son état léthargique. Elle tentait de dire quelque chose mais ses lèvres avaient beau bouger, aucun son n'en sortait. Cobb leva les yeux au ciel et comprit que les années n'avaient pas réussi à changer le caractère quelque peu impulsif de son ami.

- Ça va aller; c'est un... ami. Nous allons discuter un moment et je... Finite incantatem !

La secrétaire parut reprendre contenance et agrippa le bras de Josh avec véhémence. De sa voix suraiguë elle s'exclama :

- Monsieur, cet individu est dangereux ! Je vais appeler la sécurité et je... La réunion, elle est dans un quart d'heure, et..
- Calmez-vous et retournez à votre bureau. Informez les que mon... état de santé actuel ne me permet pas de suivre la réunion aujourd'hui. Vous m'en ferez un rapport et le poserez dans mon bureau ce midi. Merci.

Il n'attendit pas une réaction de plus et ferma la porte du bureau sur elle, d'une seule main. Pour se retrouver seul avec Josh, dans la trop grande pièce. Que faire, alors? Cobb s'approcha d'un immense globe terrestre en bois massif qui renfermait en réalité un bar.

- Je... te sers quelque chose ? Je ne me souviens plus vraiment de ce que tu prends, excuse moi...

Un petit silence s'installa.

- .. C'est vrai qu'avec toutes ces années.., termina t-il sur un soupçon de cynisme.

Oui, après toutes ces années où tu as disparu sans rien dire, j'aurais pu crier ma douleur tu t'en serais foutu hein ? Mais où tu était où tu étais passé hein ? Et tu comptes revenir comme ça, comme ça sur un coup de tête ? Tu crois que rien n'a changé Josh ? Tu te trompes, tout, absolument tout a changé ! Je ne suis plus le même. Je suis devenu autre chose. Sang de bourbe, tu te rappelles leurs insultes ? tu te rappelles comme on en riait... ? Tout a changé , Josh, TOUT.
Et tout cela en une phrase de sept mots. Balaize.
Max se servit un whisky d'une seule main, l'autre étant emprisonnée dans l'attelle. Il scrutait involontairement les réaction de Josh qui semblait mal à l'aise. Normal. Après tant de temps, même le bonheur de Max ne parvenait pas à masquer totalement son terrible ressentiment. Sa gène, même.
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MessageSujet: Re: It's hard to say it, time to say it... } Max | TERMINÉ Lun 24 Jan - 14:44

    La porte se refermait lentement, et il vit du coin de l’œil quelqu’un se lever. Non pas quelqu’un. Max… Il se tourna pour être face à l’homme qui avait toujours le plus au monde dans son existence. Pourquoi ne bougeait-il pas pour aller à la rencontre de celui qui avait été – qui était encore? – son meilleur ami? Pourquoi restait-il immobile sur le pas de la porte, silencieux? Il contemplait le ministre de la magie et ce qu’il en voyait le rendait hésitant…
    Max… Que lui était-il arrivé? Ces cicatrices… ce bras en écharpe… cet air las… Où était la flamme de la combativité qui autrefois brillait sans cesse dans son regard? Joshua contemplait les ravages du temps, du temps ou du métier qu’exerçait son ami. Et il avait mal. Mal de voir tout cela. Mal de se dire qu’il n’avait pas été présent pour lutter aux côtés de cet homme. Mal de porter la culpabilité de ces blessures, et des risques auxquels Max s’était exposé tandis que lui… lui quoi… lui était… ailleurs. Quand il était revenu à Londres, il avait essayé d’inverser les charges, d’en vouloir à Max, en se disant qu’il n’avait pas du le rechercher, que sinon il l’aurait trouvé, que ça lui avait peut-être fait plaisir de le voir disparaître… Oui, des tas de pensées toutes aussi absurdes les unes que les autres, mais qui avaient ôté un poids de ses épaules. Seulement, maintenant, dans ce bureau immense aux allures de noblesse ancestrale, tout ça ne devenait que du vent. La vérité était qu’il avait abandonné son meilleur ami devant une tâche irréalisable… Il l’avait laissé seul. Et il ne pourrait même pas lui dire pourquoi! Il ne savait même pas pourquoi! Tout cela était intolérable, insupportable. L’espace d’une seconde, il eut envie de faire demi-tour, de disparaître. Mais il n’en avait pas le droit. Il avait déjà fait cela une fois – dans des circonstances floues, dont il ne se souvenait plus – et il contemplait maintenant le résultat. Et si son meilleur ami était mort pendant son absence? Mais au nom de qui avait-il disparu pendant NEUF ans?! Dans son cœur naissait une nouvelle colère… Etrangement, il avait la sensation de n’être habité plus que par ce seul sentiment désormais. Comme si toutes ces années n’avaient été que haine, rage et violence. Il devait chasser tout cela… au moins un instant… savourer le plaisir d’avoir Max devant les yeux…
    Max… L’homme en face de lui sourit. Bien sûr, ils ne s’étaient pas sautés dans les bras, ils ne s’étaient pas donné l’accolade, ils n’étaient pas partis d’un grand éclat de rire… Il y avait un fossé creusé par le temps entre les deux amis. Cependant, il y avait ce sourire. Un gage d’espoir, de reconstruire, de combler le vide, de recommencer… Et il saisit cet espoir, en souriant à son tour. De ce sourire sincère qu’il ne réservait qu’à peu de gens. De ce sourire qui lui faisait mal tant son visage avait perdu l’habitude de l’offrir à autrui. Mais qu’importe. Il était face à l’une des deux personnes auxquelles il tenait le plus, et il aurait enduré bien plus de souffrance pour les retrouver – s’il savait à quel point cette pensée était vraie…

    La harpie vint perturber cette faille dans le temps, ce moment où l’on voit tout ralentir autour de nous, pour essayer de dire quelque chose en s’agitant comme un macaque en colère. Etait-elle sotte au point d’ignorer que le sortilège lancé la privait de sa voix? Mais où Max avait-il été pêché une créature aussi laide et bête?? Question fondamentale.


    « Ça va aller; c'est un... ami. Nous allons discuter un moment et je... Finite incantatem ! »

    Joshua tourna la tête vers Max… Son cœur cognait dans sa poitrine avec plus de force qu’il n’aurait crue. Ami… Discuter… Il ferma les yeux une brève seconde mais l’hystérique lui attrapa le bras avec une force qu’il n’aurait pas soupçonnée. Il se retint de lui coller son poing dans le visage – quoique ça n’aurait pas pu l’enlaidir davantage – pour ne pas ajouter embarras à la situation. Elle scanda avec une voix de crécerelle à lui percer les tympans des propos parfaitement saugrenus…

    « Monsieur, cet individu est dangereux ! Je vais appeler la sécurité et je... La réunion, elle est dans un quart d'heure, et… »

    Dangereux? Comment ça dangereux? Mais pas du tout! Tout ça parce qu’il avait refusé de se plier au protocole de madame? Les femmes… Toujours à exagérer… Il n’avait rien de dangereux! Il était maigre, il ne se nourrissait presque pas, il avait l’esprit autant abîmé que le corps… Bon d’accord, tout cela ne l’avait pas empêché de mettre un gros dur au tapis, l’autre soir au Chaudron Baveur. Mais bon, il s’agissait de Max là enfin! Elle ne croyait tout de même pas qu’il allait sauter à la gorge de celui qui avait été son meilleur ami, alors qu’il priait que ce dernier le soit encore.
    Elle aurait pu au moins se renseigner sur son compte avant de débouler dans le bureau en criant des absurdités! Peut-être qu’il aurait pu lui pardonner si elle avait été assez jolie pour qu’il l’invite à dîner, mais même pas. Elle n’avait RIEN pour elle.
    Il devait quand même reconnaître qu’elle faisait de son mieux pour assurer la sécurité de Max. Ceci dit, quand on voyait l’état du ministre, on pouvait se demander ce qu’elle avait fabriqué la dernière fois où il avait récolté toutes ces cicatrices et cette attelle… A moins qu’il ne se trompe, que les deux ne soient pas liés, et que son meilleur ami – il ne pouvait se résoudre à le considérer autrement – soit devenu d’une affligeante maladresse au fil des années. Ce dont il ne parvenait pas à se convaincre davantage.
    Alors qu’elle retourne à ses papiers et procédures, la madame.


    « Calmez-vous et retournez à votre bureau. Informez les que mon... état de santé actuel ne me permet pas de suivre la réunion aujourd'hui. Vous m'en ferez un rapport et le poserez dans mon bureau ce midi. Merci. »

    La porte se referma soudainement au nez de cette furie. Non… Cette histoire de bras ne pouvait pas se résoudre à un simple manque de chance et quelque maladresse. Point à éclaircir. Et rapidement… Car il devait bien admettre qu’il ne supporterait pas davantage de raisons de culpabiliser. Il devait se persuader que même s’il avait été là, tout ceci serait arrivé. Bizarrement, il sentait au plus profond de lui-même que non… La plus juste des excuses ne suffirait pas à le rendre innocent des drames qui semblaient s’être joués en son absence. Absence. Ce seul mot lui faisait serrer les poings… Et seule la voix de Max chassa ces pensées… pour un temps.

    « Je... te sers quelque chose? Je ne me souviens plus vraiment de ce que tu prends, excuse moi… »

    L’homme s’était approché d’un globe terrestre d’une taille assez conséquente, qui cachait en fait un bar. Sympa l’idée… C’était de lui, ou d’un prédécesseur? Il ne poserait pas la question… Celle de Max soulevait tellement plus de non-dits… Que répondre à cela? Il se mordit la lèvre. Il buvait du Whisky, comme son ami. Mais qu’est-ce que ça changeait à tout… tout le reste…
    Max prononça la phrase qui acheva de lui rappeler pourquoi il était présent dans ce bureau. Avec tout le cynisme dont il était capable. Et Joshua ne put s’empêcher de constater qu’autrefois, c’était lui qui maniait les mots avec un tel piquant.


    « …C'est vrai qu'avec toutes ces années… »

    Joshua laissa son regard vagabonder dans la pièce, sans jamais se fixer sur son meilleur ami – meilleur ami hein? – comme s’il cherchait un point sur lequel rester figer tandis qu’il en viendrait aux mots. Il se sentait affreusement mal à l’aise, ici, en cet instant. Pris en étau pour ces neuf années de silence dont il ne savait rien… rien à part le dernier mois qu’il avait passé en Nouvelle-Zélande. Il ignorait ce qu’il fabriquait à l’autre bout du monde, chez un Moldu, à se faire panser des blessures, tandis que sa mémoire était défaillante. Il ne savait que ce que cet individu lui avait raconté. Une déflagration, les deux hommes retrouvés morts, et lui inconscient qu’on avait retrouvé grâce à Crafty. Son fléreur… le seul qui aurait pu expliquer… le seul qui n’était pas doué de parole… L’animal devait être en train de devenir fou dans sa chambre au Chaudron Baveur, lui qui ne le quittait plus d’une semelle comme si la mort rôdait tout autour d’eux.
    Et maintenant qu’il était face à Max… Il allait lui dire quoi, bon sang?! Qu’il avait tout oublié. Non pas tout. Qu’il avait eu des flashs quelques nuits auparavant. Qu’il pouvait donc affirmer que ces deux hommes étaient morts par sa faute – pire, par sa volonté. Il s’était vu, bouillant de rage. Il s’était vu, lançant ce sort. Il avait vu l’explosion, le feu… Ce n’était pas une catastrophe naturelle… C’était magique. C’était sa faute à lui. Il avait tué deux hommes, et il ignorait pourquoi. A ses yeux, cela faisait de lui un meurtrier. Comme tous ces types que son meilleur ami – non il n’utiliserait pas d’autre mot pour le désigner – pourchassait et qu’il envoyait à Azkaban. Alors lui avouer ce peu d’informations ne ferait qu’élargir le fossé entre eux… Max ne voudrait pas d’un ami assassin. Max luttait contre le mal. Il lutterait contre lui. Et ça, c’était simplement hors de question. Il ne pouvait pas lui dire. Pas tant qu’il ignorait tout le reste. C’était impossible.
    Alors oui, il allait devoir lui mentir. A cet homme en qui il avait toujours placé toute sa confiance, il allait mentir… Son cœur semblait se déchirer de devoir faire une chose pareille. Mais Joshua en était certain, toute vérité n’est pas bonne à entendre… Non…
    Sa seule consolation, c’est qu’il avait toujours maîtrisé le mensonge avec une facilité déconcertante. Max n’y verrait que du feu. Du moins l’espérait-il… Autant qu’il espérait que ce ministre lui enverrait un bon coup de poing dans la figure. Oui… A défaut de reproches, de mots violents, les coups… Il les accepterait. De cet homme, il accepterait tout et n’importe quoi.


    « Un Whisky. S’il te plaît. »

    C’était écœurant. Il avait l’impression de passer commande au bar… Entre eux, la politesse n’avait jamais été une nécessité. A quoi bon? Toutes ces marques de bienséance étaient superflues, face au lien qui les unissait… qui les avait unis…
    Et voilà qu’il était là, avec sa détestable attitude de la haute société, et pourtant un regard fuyant. Comme s’ils étaient étrangers l’un à l’autre. Mais après tout… C’était un peu le cas non? Ils l’étaient devenus. Avec le temps.




♫ “I've been down to the bottom of every bottle”
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MessageSujet: Re: It's hard to say it, time to say it... } Max | TERMINÉ Mer 2 Fév - 15:29

- Un Whisky. S’il te plaît.

Max releva la tête, plongeant ses yeux bleus gris dans ceux de celui qui avait été son meilleur ami. C'était presque écoeurant de constater à quel point ils avaient changé, tous les deux. Les doigts de la main. Et puis un jour plus rien. Parti, évaporé, comme s'il n'y avait jamais rien eu. Mais quel besoin... quel besoin avait-il d'aller voir ailleurs ? Quel besoin avait-il de s'éloigner ? Pourquoi ? Pourquoi ? La question surtout, le mot même l'avait des nuits durant hanté. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Et aucune réponse. Rien que la présence de Mary à ses côtés pour tenter, juste tenter, même pas réussir - à quoi ? À le calmer. Et c'était quelque chose de terrible, de presque impossible. Le calmer. Car la vie, le destin, appelez ça comme vous voulez, s'était chargé de le bousculer pour deux, pour trois. Et il s'était rendu compte que finalement plus rien ne serait comme avant, plus rien, pas même le regard qu'il posait sur ses propres enfants. Bien sûr il les aimait, bien sûr ils étaient tout. Mais elle était mort. Il était parti - laissé pour mort. Et au final il ne restait plus rien. Rien que les regrets et la mort, la mort partout comme une douce musique qu'on resterait bien écouter un peu. Mais cette musique ne l'avait que trop bercé. Et c'était comme un gouffre qui s'ouvrait sous ses pieds dès qu'il prononçait le nom de l'un de ceux qui étaient partis. Mary. Josh. Neil.
Ou de l'un de ceux qu'il avait abandonné.
Clemens. Jane. Phil.
Et la chute alors - la chute.
Terrible. Sans fin.
La chute.
La Ministre de la Magie attrapa un verre luxueux qui devait coûter la moitié du salaire mensuel de sa secrétaire et le remplit à moitié d'un whisky non moins coûteux. Le liquide ambré vacillait légèrement sous le cristal d'une rare finesse quand il lui tendit le verre, baissant les yeux. Ce n'était pas instinctif. Jamais il n'avait appris à baisser le regard. Jamais. Mais il ne pouvait plus supporter le sien ; un regard de chien battu qui ne revient pas de son plein gré, un regard d'homme gêné et perdu, un regard qui était tout sauf celui de l'ancien Joshua Willow. Josh... Oh, oui, il lui avait manqué. Mais c'était terminé, c'était terminé depuis très longtemps. Le "s'il te plaît" précipitamment ajouté par son interlocuteur lui arracha un sourire cynique. Oh non, Max, non non... Ne t'aventure pas sur ce terrain là. Pas maintenant, à quoi bon ? Mais c'était une fois encore trop tard. Si Max était un homme courageux, il était aussi totalement incapable d'avoir le courage de faire machine arrière.
Trop tard.
Maximus vida son verre d'une traite. Son bras blessé le fit grimacer quand il voulut le bouger pour s'en resservir un autre. Il ne voulait pas paraître faible. Face à Josh, surtout pas. Déjà enfants il détestait que son ami le défende auprès des Serpentard quand ceux-ci se moquaient de son sang. Il détestait cela. Plus d'une fois ils s'étaient retrouvés dans le bureau de Dumbledore, ce dernier trouvant leur amitié particulièrement intéressante. Exemplaire. Deux êtres que tout opposaient et qui finalement s'étaient retrouvés. C'était remarquable. Plus d'une fois il avait essayé d'aider Maximus; comprenant bien à quel point il avait honte de son sang, contrairement à Clemens. Honte d'un sang qui ne lui avait apporté que du malheur et de la haine. Mais il assumait. Il n'avait pas le choix.
Et la consécration... La consécration. Il était devenu ce que personne n'attendait de lui. Cobb posa son verre brutalement sur son bureau. Il ne regarda pas Joshua. Faisant quelques pas vers le siège qu'il occupait quelques instants auparavant, il s'arrêta. Derrière trônait une cheminée. Et au dessus était accrochée une photo.
Les personnes qui y figuraient ne bougeaient pas. Elles se tenaient tous très droites, comme si on les avait forcé à figurer sur la photo. Elles ne souriaient presque pas.
Thomas Cobb était près de son épouse, Wendy. Et devant eux étaient leurs trois enfants. Clemens souriait, un regard déjà très doux pour ses quatorze ans aux lèvres. Neil était à ses côtés, et lui aussi souriait. Et puis un peu à l'écart, sur la droite, trop droit pour que cela soit naturel, le jeune Maximus regardait l'objectif avec un regard de lion. Il ne souriait pas. Il se tenait juste là, à l'écart, comme si déjà il pressentait que toute sa vie serait différente de ce à quoi on le destinait.
L'année suivante avait eut lieu l'accident.
Mais Maximus avait tenu à accrocher la photo dès qu'il avait été élu. Exhibée dans un immense cadre doré, elle faisait presque tâche dans le bureau impersonnel. Mais il y avait tenu. Et il avait levé son verre en signe de triomphe vers les siens.
À la tienne, père.
À la tienne.
Cobb se retourna. Il avait presque oublié la présence de Joshua derrière lui. Oublié.

- C'était donc le whisky. J'aurais dû m'en rappeler.

Il laissa un silence s'installer.
Il se retourna, ses yeux droits dans ceux de Joshua.

- Qu'est ce que je suis censé te dire, maintenant ? Je suis censé te demander où tu étais ? Ce qui t'amène ? Je suis censé pleurer de joie en te serrant dans mes bras ? Je suis censé te raconter ce qui s'est passé pendant toutes ces années où tu étais... où tu n'étais pas là ?

Il se passa alors une chose très étrange. Maximus se mit à rire. Un horrible rire sans joie qui résonna contre les murs comme lorsqu'il s'était fait torturer par les mangemorts. Cobb sentit son rire mourir dans sa gorge ; il arracha son attèle sans pousser un gémissement et remonta sa manche de son autre main. L'attèle tomba à terre.

Sang de bourbe, disaient les lettres maladroites comme tracées à l'encre rouge sombre sur son avant bras.

- Voilà ce qui s'est passé, Josh. Voilà ce qui s'est passé.
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MessageSujet: Re: It's hard to say it, time to say it... } Max | TERMINÉ Dim 6 Fév - 18:14

    Deux étrangers… qui se fixaient les yeux dans les yeux. Lui avait toujours eu un regard noir, tandis que Max avaient les iris bleus gris. La clarté et la noirceur. Le jour et la nuit. Le Gryffondor et le Serpentard. Le Né-Moldu et le Sang-Pur. Tant de différences, tant de divergences, tant d’oppositions, tant de contradictions… Et pourtant les meilleurs amis du monde. Avant. Mais les choses changent, les gens avec, et les relations suivent… Déroutant, déstabilisant, détestable. Dix ans plus tôt, on le leur aurait raconté, ils ne l’auraient pas cru. Leur amitié avait ce quelque chose d’indestructible, d’immuable, d’irréel… Et pourtant. Et pourtant ils étaient là, à se faire face, comme deux tigres en cage, cherchant les failles, cherchant les réponses. Qui bondirait le premier? Pas besoin de réfléchir pour le savoir. Malgré les années qu’on leur avait volées, il restait évident que l’ancien Rouge et Or porterait le premier coup. En fait, c’était légitime. Lui n’avait pas grand-chose à se reprocher… rien peut-être.

    Alors pourquoi… pourquoi Josh avait-il des doutes… pourquoi se demandait-il encore si Max l’avait cherché… pourquoi imaginait-il le pire… pourquoi doutait-il des intentions de son meilleur ami… pourquoi ne se souvenait-il de rien… pourquoi ils ne s’étaient pas retrouvés plus tôt… pourquoi, pourquoi, pourquoi… pourquoi était-il venu ici… pourquoi avait-il franchi cette porte… pourquoi se jetait-il en pâture à l’amertume… pourquoi se courbait-il devant l’inconnu… pourquoi se détachait-il de sa propre vie… pourquoi fonçait-il droit vers le mur… pourquoi venait-il entrainer Max dans sa chute… pourquoi cédait-il à ses besoins destructeurs… pourquoi n’était-il plus lui-même…

    Max… ce nom avait été une bouée de sauvetage pendant toutes ces années. Il le sentait plus qu’il ne le savait. Il avait eu besoin de lui. Il avait la sensation que sans cet homme, il ne serait pas là aujourd’hui. Certes, il était là dans un état plutôt déplorable, amaigri, cerné, la flamme d’ordinaire brillant dans ses yeux apparemment éteinte, le sourire effacé, l’humour plus bas que terre, et l’orgueil disparu. Plus de fierté, plus de hauteur, plus de majesté, plus rien… Il n’était plus que l’ombre de lui-même. Un fantôme revenu du passé. Et c’était probablement ainsi que Max le voyait. Un fantôme, un disparu, un laissé pour mort.
    Alors forcément… comment Max pourrait-il réagir, autrement que par de la colère? A moins d’avoir réellement changé, il ne pouvait en être autrement. Et à le voir ainsi, il devinait que la vie ne l’avait pas davantage épargné. Que son caractère n’avait du que se renfrogner davantage, s’endurcir un peu plus… Et Josh connaissait – ou du moins croyait connaitre – assez cet homme pour savoir qu’il n’allait pas se montrer tendre avec lui.

    Mais il ne se doutait pas à quel point les épreuves traversées par Max l’avait marqué. Il ignorait la cruauté de ces épreuves. Il ne savait rien, de Mary, des enfants, des choix, de l’enlèvement. Et il débarquait sur cette montagne d’injustices qui avaient frappé son meilleur ami – son ancien – comme si rien n’avait changé, comme si le temps s’était suspendu pendant neuf ans, comme s’ils s’étaient quittés la veille, comme s’ils allaient se sauter dessus, comme si, comme si, comme si. Etait-il à ce point naïf?
    Non. Non, il n’était pas naïf, pas idiot, pas aveugle à ce point. Il ne s’attendait pas à des retrouvailles enflammées, à des embrassades, à des rires et des larmes de joie, à des « tu m’as manqué, vieil idiot » chargés de tendresse. Il s’attendait plutôt… à avoir mal. Très mal.
    Et la souffrance ne passait pas seulement dans un coup de poing bien envoyé. Pas entre eux deux. La souffrance, c’était déjà de voir Max vider son verre d’une traite, et d’en deviner les raisons, les causes. Sa faute. La souffrance, c’était déjà de voir Max chercher à ne pas dévoiler la moindre faiblesse, et qu’importe le bras en écharpe. Sa faute, encore. La souffrance, c’était déjà de voir Max s’arrêter devant cette photo, qu’il connaissait, qu’il avait vu de nombreuses fois déjà, qu’il détestait par tout ce qu’elle avait pu représenter aux yeux de son meilleur ami – ancien – et de voir Max trinquer. Sa faute?

    La culpabilité avait affaissé sa stature de jeune nobliau, et il eut la sensation d’être encore plus petit quand celui qui était devenu le sorcier le plus important du pays se tourna vers lui. Et ce que lança – presque innocemment – cet homme fut aussi douloureux qu’un poignard glissant sur la peau, s’enfonçant lentement, sournoisement.
    « C'était donc le whisky. J'aurais dû m'en rappeler ». Puis le silence… tout aussi brutal, tout aussi violent, tout aussi douloureux. Comme une claque. Il baissa les yeux, tandis que le silence pesait sur lui plus encore que la culpabilité. Monsieur le ministre n’avait pas son pareil pour manipuler les situations à son… avantage? Etait-ce réellement le mot? Etait-ce de la manipulation que de maitriser l’art des échanges? Sans doute un peu quand même… Les rôles s’étaient-ils inversés? Quand il releva la tête, le regard froid de celui pour qui il aurait tout donné l’accrocha.
    Comment avaient-ils pu en arriver là…


    « Qu'est ce que je suis censé te dire, maintenant? Je suis censé te demander où tu étais? Ce qui t'amène? Je suis censé pleurer de joie en te serrant dans mes bras? Je suis censé te raconter ce qui s'est passé pendant toutes ces années où tu étais... où tu n'étais pas là? »

    Non. Non. Non. Non. Non.
    Pas de ça entre nous. Pas de ça.
    Pas maintenant. Pas encore.
    S’il te plaît Max… S’il te plaît…

    Mais ses supplications étaient vaines. Déjà son meilleur ami – non, il ne se résoudrait pas à l’appeler autrement – se laissait gagner par un rire. Affreux son sans mélodie, sans grâce, sans bonheur, sans… sans rien. Terriblement douloureux. S’il n’avait pas été celui qu’il était, s’il avait vraiment été réduit à un moins que rien, s’il n’avait pas eu autant de fierté… il aurait pleuré. Non. En réalité, ce n’était rien de tout ça. S’il avait eu le courage et la force de révéler ses émotions les plus sincères, les plus profondes, les plus secrètes… il aurait pleuré. Au lieu de cela, au lieu d’honnêteté, au lieu de vérité, au lieu de transparence, il choisit de serrer les poings. Tout plutôt que d’assumer cela…
    Le rire s’évanouit… et le bruit d’une déchirure. Ses yeux s’étaient voilés, comme s’il avait eu une absence – façon de se protéger? – mais maintenant il voyait avec une netteté presque intolérable ce que Max venait de lui mettre sous le nez. Sang de bourbe…
    Qui? Qui avait osé? Qui avait fait ça? Qui?! QUI!


    « Voilà ce qui s'est passé, Josh. Voilà ce qui s'est passé. »

    S’il avait été là, il aurait su. S’il avait été là, peut-être que ce ne serait jamais arrivé. S’il avait été là, peut-être que son meilleur ami aurait un sourire sincère. S’il avait été là… et si… et si… et si…

    Sauf qu’il avait disparu.
    Il n’était pas resté là.
    Il n’était pas au côté de Max.
    Il s’était évanoui dans la nature.
    Tout était arrivé sans lui.
    Ses poings étaient toujours serrés.
    Ses phalanges blanchissaient.
    Sa colère sourde montait.
    A deux doigts de l’implosion.
    Mais il devait se taire.
    Max n’accepterait pas cela.
    Pour lui, c’était un abandon.

    Alors… parce qu’il savait qu’il n’avait pas le droit de laisser libre cours à sa rage… parce qu’il savait que proférer des injures contre des personnes dont il ignorait tout ne serait pas toléré… parce qu’il savait qu’il n’avait de toute façon rien à dire d’autre… il lâcha avec toute la douleur qui le submergeait…


    « Je suis désolé. »

    Tellement désolé. Tellement, et tellement plus encore. Désolé jusqu’au plus profond de son âme, de son cœur, de son corps, de son esprit. Désolé avec une rage, une violence, une douleur, une souffrance insoupçonnables. Désolé, jusqu’à l’abattement total. Désolé, avec l’effondrement de tout son être.
    Et puis? Qu’est-ce que ça pouvait bien faire hein? Qu’est-ce que ça pouvait faire, bordel?! Il était désolé. Et alors? Qu’est-ce que ça changeait? Mais qu’est-ce que ça changeait, putain?! Ça ne changeait rien. RIEN. Il avait beau être désolé, ressentir toute la culpabilité du monde sur ses épaules, avoir la sensation que la terre s’ouvrait béante sous ses pieds pour l’engloutir, ça ne changeait strictement rien. Il n’avait pas été là. Il avait été absent, dans les moments les plus cruciaux, les plus graves, les plus difficiles. Max avait traversé des épreuves seul, parce que lui n’avait pas été fichu d’être présent. Alors qu’il soit désolé, qu’est-ce que ça pouvait bien faire…
    On ne remonte pas le temps avec des « désolé ».
    On ne change pas le cours des choses avec des « désolé ».




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MessageSujet: Re: It's hard to say it, time to say it... } Max | TERMINÉ Mar 8 Fév - 3:02

- Je suis désolé.

Cobb le regarda longuement. Je suis désolé. Il n'avait trouvé que cela ? Le Ministre secoua la tête. Je suis désolé. C'était d'un ridicule. Bien sûr qu'il était désolé, ils l'étaient tous, désolés ! Désolés depuis des années, désolés d'avoir vu à quel point les gens pouvaient changer. Mais où ? Mais pourquoi ? Et l'incompréhension empêchait tout doute, toute autre idée de s'insinuer dans leurs esprits. Joshua était parti de son plein gré, il était forcément parti de son plein gré. Comment aurait-il pu en être autrement, après tout ? Tout était parfait. Et même Max n'y avait vu que du feu. Joshua les avait abandonné. Alors revenir, revenir maintenant, revenir après toutes ces années, revenir comme ça, et dire - et dire - Je suis désolé..
C'était trop facile, bien trop facile.
Et comment penser autre chose ?
Cobb rabaissa sa manche, dégoûté. Dégoûté par tant de mauvaise foi, d'un côté comme de l'autre. Comme si tout cela pouvait encore marcher. Comme s'il y avait encore quelque chose entre eux, quelque chose d'autre que de l'incompréhension. Comme si... Tais toi, Max. TAIS TOI.
Oh, oui, il aurait aimé que ça remarche. Il aurait aimé que ce ne soit pas fini. Et bien sûr, bien sûr qu'il aurait voulu que ça reparte comme avant, bien sûr qu'il aurait voulu le serrer dans ses bras et reparler des années Poudlard autour d'un whisky pur feu en riant. Comme avant. Bien sûr. Bien sûr.
Les mots disparurent. Le tatouage forcé de Max lui donnait l'impression d'être vulnérable, comme un animal qu'on aurait marqué. Cette impression était particulièrement désagréable. Et chaque jour, à chaque fois qu'il poserait son regard sur son bras gauche, il se rappellerait. Il se rappellerait ces trois jours, les plus terribles peut-être. Mais peut-être pas. Cobb eut un sourire amusé. C'est propre, la tragédie. C'est reposant, c'est sûr... Dans le drame, avec ces traîtres, avec ces méchants acharnés, cette innocence persécutée, ces vengeurs, ces terre-neuve, ces lueurs d'espoirs, cela devient épouvantable de mourir, comme un accident. Dans la tragédie on est tranquille. D'abord, on est entre soi. On est tous innocents en somme ! Ce n'est pas parce qu'il y en a un qui tue, un qui part, et un qui est torturé et qui reste. C'est une question de distribution. Et puis, surtout, c'est reposant, la tragédie, parce qu'on sait qu'il n'y a plus d'espoir, le sale espoir ; qu'on est pris, qu'on est enfin pris comme un rat, avec tout le ciel sur son dos, et qu'on n'a plus qu'à crier, - pas à gémir, non, pas à se plaindre, - à gueuler à pleine voix ce qu'on avait à dire, qu'on avait jamais dit et qu'on ne savait peut-être même pas encore. Et pour rien : pour se le dire à soi, pour l'apprendre, soi. Dans le drame, on se débat parce qu'on espère en sortir. C'est ignoble, c'est utilitaire. Là, c'est gratuit. Et il n'y a plus rien à tenter, enfin !
Max vivait une tragédie.
Joshua vivait un drame.

- Où tu étais

Ce n'était même pas une question. Il n'y avait pas cette intonation familière à la fin de la phrase qui donnait d'habitude tout son sens à une question. Il n'y avait pas ce petit hochement de tête en avant, ou ce regard caractéristique de celui qui attend une réponse. Il n'y avait rien. Rien qu'un homme brisé devant un autre homme brisé. Que ressent-on quand on a rien ? Juste des souvenirs affreux à revisiter ?
Mais où tu étais - où tu étais
Hein Joshua. Cobb regarda brièvement l'attèle à terre. Il ne se pencha pas pour la ramasser. Il se contenta de fixer intensément son meilleur... son ami. Les contrastes - il était vêtu normalement mais rien à voir avec Max, évidemment. Il n'était pas rasé, Cobb si. Une cravate ? Non. Cheveux en bataille. Lacets défaits. Chemise mal boutonnée. Et les cernes - les cernes étaient la seule chose qu'ils avaient encore en commun. Le sang de bourbe et le sang pur. Le Ministre se retourna et attrapa son portefeuille moldu - de chez Burton. Il l'ouvrit fébrilement, comme un gamin en colère.
La photo qu'il en sortit était jaunie par le temps. Elle était froissée comme si on l'avait regardée souvent. Et elle était plissée comme si on avait pleuré au dessus.



Il la jeta à terre. Violemment. TIENS PRENDS LA. C'était comme s'il avait dit les mots.
Max et Joshua, durant la dernière année qu'ils avaient passé ensemble à Poudlard.
Déjà Max soucieux.
Déjà Joshua ailleurs.
Déjà.
Déjà.
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MessageSujet: Re: It's hard to say it, time to say it... } Max | TERMINÉ Lun 14 Fév - 19:54

    Alors qu’il sentait peser sur lui un regard lourd de reproches, il baissa les yeux. Il n’avait pas envie d’affronter les réactions violentes d’un ami qu’il avait eu le malheur de perdre. Il n’avait pas envie de se voir jeter en pleine figure tant de représailles… Alors il préférait observer les nuances ambrées d’un whisky qu’il n’avait pas encore goûté, plutôt que de soutenir le regard glaçant de son meilleur ami… Etait-ce de la lâcheté? Peut-être. Il n’aurait pas su le dire. Mais en réalité, qu’il soit envahi par une détestable couardise ou non, ça lui était égal. Tout devenait sans le moindre intérêt, sans la moindre conséquence, si l’homme auquel il tenait comme à un frère décidait de lui tourner le dos. L’amertume le submergeait, finirait par l’engloutir.
    A quoi bon se préoccuper de quelque chose dans un univers sans la moindre saveur? A quoi bon…
    Et parce qu’il était abattu par son propre abandon, il ne put retenir un soupir. Un soupir qui le délestait de sa culpabilité peut-être, mais surtout de son délaissement, de sa nostalgie, de ses espoirs vains. Un soupir qui marquait un tournant dans ses pensées, ses émotions. Il n’avait pas trouvé d’autre moyen pour exprimer tout entier son découragement. Désolé, désespéré, désabusé.
    Et tout cela pour quoi?…
    Etaient-ils en train de jouer l’acte final de leur amitié? Non. Tout avait été joué d’avance, non? Leur rencontre n’avait pas le moindre sens. Ces retrouvailles n’étaient qu’une fumisterie. A laquelle il avait voulu participer… pire… il avait organisé cela… il avait creusé lui-même le gouffre dans lequel il était en train de se perdre.
    Un gouffre sans fond… Une chute sans fin…


    « Où tu étais »

    La question, qui à vrai dire ne semblait pas en être une, le pinça avec une violence sournoise. Etait-il prié de répondre… peut-être… sûrement… et quand bien même ce n’était pas une invitation à conter son histoire, il faudrait bien qu’un jour il se lance. Le plus tôt serait le mieux. Du moins, c’est ce que l’on voudrait croire. Mais il n’était pas prêt. Il n’avait aucune envie de mentir à un homme qui avait compté dans sa vie plus que certains membres de sa famille. Pas plus qu’il n’avait envie d’être considéré comme un monstre sanguinaire. Seulement, il s’était persuadé qu’agir ainsi serait dans l’intérêt de chacun. Non?
    Non. Très probablement, cet homme se voilait la face. Mais comment aurait-il pu en être autrement, après les épreuves que l’un et l’autre avaient traversé, après les obstacles qu’ils avaient du surmonter, et après cette – ultime? – confrontation où ils ne faisaient que se renvoyer la preuve indécente, insolente, qu’ils avaient changé. Une transformation qu’il avait du mal à digérer. Une métamorphose qui le faisait déglutir péniblement. Pourquoi avait-il fallu que la vie leur fasse tant de crasses, qu’ils en viennent à ne plus se reconnaitre. Eux! Eux, ne plus se comprendre, ne plus s’entendre, ne même plus se voir?! Tout le monde aurait cru pareille chose impensable… tout le monde! Il n’existait pas une personne sur cette planète qui aurait pu croire un seul instant que leur amitié fut remise en cause par… par un ramassis de conneries!
    Tout cela n’était qu’une montagne d’immondices… et d’injustices… de nombreuses injustices… car non, décidément, l’on ne pouvait pas trouver cela juste. L’on ne pouvait pas cautionner qu’ils en soient arrivés là, à un affrontement déguisé. Non… pas eux! Pourquoi… pourquoi, merde! Pourquoi fallait-il que la vie les pourrisse?! Pourquoi fallait-il qu’elle leur crache dessus?! Merde, merde, MERDE!

    Et parce que la colère s’instillait doucement dans ses veines, contrôlant ses tremblements légers, serrant fermement ses poings… et parce que la rage suppléait peu à peu à l’abattement, lui intimant de redresser les épaules, le poussant à relever la tête… et parce que la haine, et parce que la fureur, et parce que l’agressivité… et parce que, et parce que, et parce que, il planta ses yeux noirs d’ébène dans ceux bleu électrique de celui qu’il avait toujours – toujours, toujours, toujours – considéré comme l’ami le plus cher, le plus grand, le plus vrai, qu’il eut pu avoir au monde.
    Deux tigres dans une même cage, se faisant face, grondant sourdement, prêts à bondir. Deux hommes que tout avait toujours opposés, mais qui avaient réussi à s’unir dans le contraste malgré tout. Deux abîmés par cette chienne de vie, qui se laissaient maintenant happer cruellement par le côté obscur de leurs émotions.
    Un flot d’émotions qu’il s’efforçait de contenir, mais qui allait se déverser, qui devait se déverser. Voilà pourquoi il entrouvrit ses lèvres. Pour laisser cette vague se répandre dans une atmosphère déjà pesante.

    Mais Max se tourna soudainement. Et si Josh le vécut comme une marque de dédain à peine dissimulée, comme une insulte déguisée, il n’en laissa rien paraître. Tout dans le faux-semblant, n’est-ce pas? De ses manies de la Haute, il aurait au moins appris cela. Rester mettre de soi en toutes circonstances. En TOUTES circonstances. Ainsi donc resterait-il de marbre, de glace, devant un homme qui l’avait vu dans tous ses états, traversé par toutes les émotions humaines possibles, et qui l’avait soutenu dans tous les moments – qu’ils soient beaux ou difficiles.
    Absurde.
    Vraiment absurde.
    Il était face au seul homme, au seul et unique type sur cette planète, qui avait pu connaître chaque parcelle de son âme, chaque fragment de son esprit, et voilà qu’il souhaitait se montrer impassible… mais en était-il seulement capable? La réponse était évidente : non. Qu’il le veuille ou pas, il ne pourrait pas se dresser face à Max et n’exprimer que le rien. Il ne parviendrait pas à ériger entre eux une barrière invisible, infranchissable, indestructible… Il ne le pourrait pas, mais surtout il ne le voulait pas. Quoiqu’il en dise, quoiqu’il en pense.

    Et lorsque la photo fut jetée à terre, ce fut la preuve indéniable qu’il ne saurait pas faire une croix sur leur amitié, sur leur vie, sur eux.
    Comme s’il avait entendu la pensée violente de son meilleur ami – parviendrait-il à supporter qu’il ne soit plus cet ami? – l’homme fatigué par une vie dont il ignorait à peu près tout se pencha pour ramasser ce qui était un souvenir douloureux. Une vieille photo qu’il déplia, avant de contempler leurs visages de jeunes vauriens avec un avenir devant eux… Il ne put que constater que la photo avait fait son temps, ravagée par les regards longuement posés dessus, les larmes longuement versées dessus… Du moins était-ce son ressenti.
    Max avait donc conservé cette photo… tout ce temps…
    Tandis que ses mains tremblaient presque en tenant le cliché, son regard se posa sur Max.


    « Tu l’as gardée… »

    Il y avait dans sa voix quelque chose de doux, de posé, mais aussi une pincée d’incrédulité. A nouveau, ses yeux glissèrent sur le papier glacé et il détailla leurs visages, qui n’avaient pas encore été marqués par les souffrances d’une vie trop mouvementée. Il y lut pourtant un avant-goût de ce qui les séparait plus tard.
    Et malgré ce qu’il devinait… cet air absent… cet air lugubre… malgré le présage qu’il avait l’impression de voir sur la photographie, il était ému. Touché au cœur. Peut-être bêtement, ou peut-être pas, il sourit. Pour la première fois depuis qu’il avait mis les pieds dans ce bureau aux dimensions proprement ahurissantes, il eut un sourire des plus sincères. Qu’il offrait à leur amitié d’avant, espérant ainsi retenir le fil du temps, et leur donner une chance. Une nouvelle chance…
    Ne la méritaient-ils donc pas?

    Si. Il voulait y croire. A cette amitié, à eux.
    Mais il aurait besoin de force pour la faire revivre.
    Ainsi porta-t-il à ses lèvres le liquide ambré…
    A la reconquête d’une amitié qu’il refusait de perdre.




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MessageSujet: Re: It's hard to say it, time to say it... } Max | TERMINÉ Sam 2 Avr - 16:36

- Tu l’as gardée…

Il avait ramassé la photo. Comme une relique. Un souvenir d'un autre temps, une ère révolue, qui ne voulait plus rien dire, plus rien dire d'autre que "c'était bien, mais c'est terminé." Le Ministre de la magie ne tressaillit pas. Oui, il l'avait gardée. Il avait souvent pleuré dessus. Oui, pendant les longues nuits où il n'arrivait pas à trouver le sommeil, penché au dessus de ses soucis, il la sortait de son portefeuille et il la contemplait. Parfois les larmes venaient malgré lui. Mais avec le temps il avait appris à les maîtriser plus ou moins.
Une larme qui avait échappé à ce contrôle peu fiable roula sur la joue de Maximus avant d'aller s'écraser sur le plancher coûteux. Une seule larme. Mais elle contenait toute sa tristesse, toute sa joie. Toute sa déception. C'étaient des retrouvailles ; cela ressemblait plus à des adieux.
Alors que dire ? Que faire ? Il n'avait pas voulu répondre à sa question. Même pas une question d'ailleurs, rien qu'une suggestion, rien qu'un soupçon de ressentiment, une exhortation discrète pour savoir ce qu'il avait foutu pendant tout ce temps, où il était allé traîner pendant que sa soeur tombait dans une dépression et tentait d'élever un enfant seule et que son meilleur ami perdait sa femme et ses enfants du même coup. Joshua n'avait pas pu les abandonner, c'était ce que Max voulait croire. Mais il avait du mal à croire quelque chose qui n'était pas confirmé, quelque chose qui l'habitait profondément mais qui, au fil des années et de l'attente, s'était effrité lentement pour ne plus être que poussière. Poussière perdue, envolée, disséminée au gré des jours, des semaines, des mois, des années. Josh ne reviendra pas. Cobb s'était fait à l'idée de l'avoir perdu. Mais en l'ayant perdu subsistait le doute ; l'incertitude qui dérangeait et rassurait à la fois ! On pouvait choisir ! Choisir de croire ce que l'on voulait !
Faire un véritable deuil n'était pas possible, bien entendu. Mais choisir ! Le choix de renier ou de regretter. Cobb avait regretté Josh. Il l'avait regretté de toutes ses forces. Mais il n'en avait plus assez pour affronter un retour aussi brutal, aussi inattendu, aussi anodin qu'il paraissait l'être pour Josh. C'était trop, c'était beaucoup trop. Et en même temps ce n'était plus assez.

- Dis moi que tu n'es pas parti de ton plein gré.

Il y a des gens, cela se voit tout de suite, qui sont de très bons menteurs. C'était le cas de Joshua Willow. Maximus Cobb, au contraire, était incapable de mentir sur quoi que ce soit. Il ne savait pas transposer la vérité sur du vent, il ne savait pas inventer les mots et les rendre réels, jusqu'à ce qu'ils dessinent un monde auquel même les mangemorts auraient pu croire. C'était ce qui l'avait le plus desservi lorsqu'il s'était fait torturer. Avec son amour et sa bonté, évidemment. Mais Josh pouvait mentir. Il savait le faire mieux que quiconque, presque mieux que sa propre soeur. Et Cobb avait peur du mensonge. Comment croire après avoir cru quelque chose de faux pendant des années ? Comment se reposer enfin sur une base solide après que la dernière ait volé en éclats ? C'était à n'y rien comprendre, c'était à s'arracher les cheveux et à hurler sa rage contre la vie, le destin, appelez cela comme vous le voulez.
Et Joshua ne répondait pas.
Et Joshua semblait s'éloigner, s'éloigner jusqu'à n'être plus qu'un petit point discret et à peine visible à l'horizon de leurs vies brisées.

- JURE LE MOI, PUTAIN !

Il s'était avancé vers lui. L'avait pris dans ses bras.
Serré contre celui qu'il n'avait jamais pu oublier, Cobb se laissa aller. Il le détestait de toutes ses forces, il le haïssait et l'aimait presque autant; il ne pouvait penser du mal de lui sans penser le meilleur également. Il l'étreignait comme un frère, comme il avait étreint Clemens, son jumeau, après que ce dernier l'ait délivré des griffes des mangemorts. Mais à travers cette étreinte reparaissait toute l'horreur de la séparation, toute l'incompréhension des retrouvailles.
Cobb lâcha Willow.
Il recula un peu, serrant les dents car son bras lui faisait mal. Contemplant celui qu'il avait appelé son meilleur ami. Décontenancé par ce qu'il venait de faire.

- Va t'en.

Il voulait qu'il parte. Il voulait qu'il parte maintenant.

- Sécurité ! Soyez gentils de raccompagner ce jeune homme. De gré ou de force, précisa t-il aux hommes qui s'empressèrent de rappliquer dans le bureau dès qu'il eût prononcé le mot magique. De gré ou de force...

Il ferma les yeux un moment, les rouvrit mais fut horrifié d'en être arrivé là.
Pas eux.
Et pourtant.
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● ARRIVÉE SUR LE FOW' : 14/01/2011
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MessageSujet: Re: It's hard to say it, time to say it... } Max | TERMINÉ Dim 3 Avr - 22:03

    En même temps que ce sourire, il y avait des larmes qui montaient… mais il les ravala. Ce que son… meilleur… ami ne parvint pas à faire. Cette larme dans laquelle il y avait tout ce qui les séparait désormais, elle n’échappa au regard du brun. Il tressaillit, bien malgré lui.

    « Dis-moi que tu n'es pas parti de ton plein gré. »

    Une nouvelle fois, il tressaillit. Bien sûr qu’il n’était pas parti de son plein gré. Bien sûr qu’il n’avait pas abandonné sa petite sœur et son meilleur ami quand ils avaient besoin de lui. Bien sûr qu’il avait chaque jour pensé aux deux personnes qui comptaient le plus au monde. Bien sûr qu’il avait sans cesse essayé de les rejoindre. Oui… bien sûr… mais qu’il le dise, qu’est-ce que cela pourrait bien changer? Avait-il la moindre preuve de ce qu’il avançait? Un vieillard maori qui n’avait vu que du feu? Deux cadavres qui n’avaient plus aucun secret à livrer? Un fléreur qui n’avait malheureusement pas le don de parole? Rien… du vent… Comment prouve-t-on à quelqu’un qui a toutes les raisons de ne pas croire en des jolis discours que l’on souffre d’une amnésie? C’est impossible.

    « JURE LE MOI, PUTAIN! »

    Alors que le Ministre de la Magie avait hurlé dans la pièce, toute la douleur qui s’était libérée avait frappé de plein fouet Josh. En même temps que son ami… ami hein… l’avait serré dans ses bras. Avec une force brute, qui exprimait plus de souffrance qu’il ne semblait possible d’en supporter pour un seul homme. En sentant ce qu’il aurait pu oublier pendant ces longues années d’absence et de vide, il eut l’impression que son corps se laissait aller à ce contact. Malgré tout ce qu’un esprit peut dicter, malgré tout ce que la raison peut imposer, le cœur finit toujours par reprendre ses droits… et au fond d’eux… il n’y avait qu’amour. Cette brève étreinte en était l’ultime relique… en même temps qu’elle venait enfouir davantage – peut-être pour toujours – ce lien qui les avait uni autrefois. L’homme qui était venu dans ce bureau pour raconter quelque chose qu’il n’avait pas vécu, se trouvait désormais pris au piège par des sentiments qui l’avaient maintenu en vie tout ce temps. Il eut envie de tout dire, de tout livrer… mais il ne savait rien.

    Et ce n’était pas du « rien » que Max avait besoin d’entendre. Peut-être parce que son meilleur ami – il ne se résoudrait pas à l’appeler autrement, même si cela venait à s’achever – ressentit ce qu’il pensait, il le lâcha. Josh se retrouva seul, éloigné de quelques pas à peine de cet homme, et se sentant pourtant à des kilomètres… non, pire… à des années de lui… et le temps, on ne le remonte pas comme on peut parcourir une quelconque distance… Et tandis que cette terrible vérité le frappait violemment, il frissonna. Se mêlaient en lui la peur d’une fin, la crainte d’un adieu, la terreur de l’abandon. Tant d’émotions qui avaient du hanter Maximus Cobb pendant des années. Tant d’émotions qu’il avait également éprouvées, même si ses souvenirs lui faisaient défaut au point qu’il l’ignorait.

    Mais Max n’avait pas eu à encaisser cela…


    « Va t’en. »

    Non, Max n’avait pas eu à entendre des mots aussi cruels… Mais à vrai dire… qu’y avait-il de pire? Nul doute que ne pas savoir, c’était… affreux… alors… pouvait-il légitimement reprocher à cet homme qui avait toujours le visage de son meilleur ami – en plus marqué par les épreuves de la vie – de lui faire payer toutes ces atrocités que sont la peur, la solitude, l’absence? Non. Non, il n’avait pas le droit de lui en vouloir…
    Mais il l’aimait. Et c’était peut-être pour cela que ses sentiments étaient chargés de contradictions. Parce qu’il était venu ici pour chercher un frère, un ami, un confident, un appui, un pilier, un pan de sa vie. Et qu’on lui indiquait la porte pour qu’il reparte les mains vides. Non… il ne voulait pas quitter cet endroit… pas tant que… pas tant qu’ils ne s’étaient pas expliqués, réconciliés… tant pis, il allait lui dire ce qu’il savait, ou plutôt tout ce qu’il ignorait.
    Il ouvrit la bouche… mais Max fut plus rapide. Il avait toujours été le plus rapide. C’était un impulsif. C’était dans sa nature.


    « Sécurité ! Soyez gentils de raccompagner ce jeune homme. De gré ou de force. »

    Josh ne cilla pas. Peut-être était-il trop choqué pour réagir. Ou peut-être qu’au fond de lui, il avait toujours su que ça se terminerait comme ça. Peut-être encore espérait-il que ces mots n’étaient que du vent.
    Mais lorsque ces… hommes… pénétrèrent sans aucune discrétion dans la pièce, il se crispa. Ces brutes n’avaient qu’une seule chose à faire de leur journée, et il s’agissait de s’assurer de la protection de l’homme le plus important du monde magique. Un homme qui était aussi son meilleur ami, avait-il encore la naïveté de croire, d’espérer. Et ils avaient l’intention de bien faire leur boulot… ce qu’ils lui firent comprendre en s’emparant de lui avec une force insoupçonnable. Fermement tenu, la tête baissée, les épaules avachies, il ne réagissait toujours pas. Immobile, tendu, et silencieux. Un abattement profond, une douleur indicible, une tristesse infinie…


    « De gré ou de force... »

    Ces quelques mots lui firent l’effet d’une décharge. Alors que les gorilles l’entrainaient déjà à l’extérieur, lui serrant les poignets plus sûrement qu’une paire de menottes magique, il redressa la tête. Son regard était sombre et alerte, ses iris noirs brillaient comme bien souvent lorsque les larmes sont sur le point de jaillir.
    Il fixait cet homme qui ferma les yeux, puis les rouvrit.
    Qu’éprouvait-il en cet instant? Un sentiment de culpabilité? Josh aurait bien été incapable de le dire. Lui n’était que rage, souffrance et désespoir. Autant de sentiments qui poussent l’homme à agir sans réfléchir, sans calculer. Seulement avec ses nerfs et son cœur.
    Ostensiblement, il serra les poings jusqu’à faire blanchir ses phalanges. Ce signe d’une rébellion imminente n’eut pour effet sur les gardes que de les faire raffermir leur prise. Ils devaient prendre cette histoire à la rigolade. C’était une erreur…
    Il lança un violent coup de coude à l’un des sorciers, tandis que les portes du bureau se refermaient déjà, comme marquant la fin de l’histoire. Non! C’était hors de question! Une nouvelle fois, il se débattit, mais on lui envoya un bon coup dans le ventre qui lui coupa le souffle. La rage lui insufflait pourtant des forces, lui permettant d’encaisser et de donner. Ce n’est que lorsqu’une baguette se leva qu’il cessa de s’agiter.
    Au lieu de quoi il se mit à murmurer en direction des énormes portes en bois massif derrière lesquelles Max se retranchait…


    « Je te le jure… »

    Ce n’est qu’à ce moment-là que les larmes coulèrent… Ca faisait mal… Ca faisait affreusement mal, putain… Il avait le type le plus important dans sa vie derrière une porte, et il n’était même pas capable de le rejoindre pour le lui dire… Tout ça pourquoi? Parce que trois gaillards le retenaient? Mais n’avait-il jamais été fichu de se sortir de ce genre de situations? Putain, mais il s’en tirait toujours, quand il était ado…
    Oui… mais il y avait toujours Max à ses côtés, quand il était gamin…

    Les larmes continuaient de se déverser… et lui fut projeté au sol… comme un vulgaire clébard… mais alors qu’il aurait du ne pas être en mesure de se relever, il parvint à se précipiter jusqu’à la porte. Il n’eut toutefois pas le temps d’aller plus loin. On le tirait déjà en arrière avec une violence inouïe. Et alors qu’on l’arrachait à cet endroit, aussi cruellement qu’on lui aurait arraché le cœur, il se mit à hurler de toutes ses forces…
    Une fois.


    « JE TE LE JURE! »

    Une autre.

    « JE TE LE JURE, Max… JE TE LE JURE, putain… »

    Et ses mots se perdirent dans ses pleurs…




♫ “I've been down to the bottom of every bottle”
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MessageSujet: Re: It's hard to say it, time to say it... } Max | TERMINÉ

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